Les quatre félons.

La sterne que Ketty avait envoyé vers Mölinn ne revint que deux jours plus tard, la distance était double de celle de Dublin, et une mauvaise tempête s'était abattue sur le sud-ouest.

Son arrivée fut aussi tempétueuse : Elle revenait fatiguée, porteuse d'une nouvelle incroyable :
Mölinn avait été attirée dans un piège par Kiar, elle avait été très gravement blessée et le sorcier l'avait abandonnée pour morte sur les landes des environs de Tralee !

Cela s'était passé le lendemain de la capture d'Aednat. Comment le Sorcier Noir pouvait-il traverser l'île du nord au sud aussi rapidement ? Ketty qui nous apportait la nouvelle ne sut l'expliquer. Pouvait-il être reparti vers le Kerry ?

- Je l'ai combattu longtemps à coups de sortilèges terribles, il répondait avec force, mais n'avait visiblement pas le pouvoir de m'atteindre. Il a fini par s'enfuir, mais je n'avais plus la force de le poursuivre.
- Avait-il terminé sa préparation maléfique ?.. Le chaudron... Cet alambic dégageant des odeurs pestilentielles.. demandais-je.
- J'en doute : Le chaudron était au sol quand je suis arrivé. j'ai pensé que c'était toi qui l'avait renversé Goulven, et je n'ai pas vu d'alambic...
- Non, je n'en ai pas eu le temps... Il semblait attacher une importance terrible à cette potion, car il a préféré la surveiller plutôt que nous poursuivre...
- As-tu idée de ce qu'il préparait ? demanda Ketty intriguée.
- Non... Je l'ai entendu psalmodier des paroles que je n'ai pas comprises, je ne me souviens plus... Je n'étais pas vraiment moi-même... Tu comprends ?
- Hum... oui je vois ce que tu veux dire... la fatigue la peur ? répondit Ketty évitant d'en dire plus devant Liam qui nous avait rejoint apprenant la nouvelle.
- Moi je me souviens de ses paroles ! Intervint Aednat, il invoquait les forces obscures des nuits de pleine lune, la force des vies qu'il avait prises, la peur, la haine dont il s'abreuvait, les... (Aednat pâlit soudainement et se tut.) - Quoi d'autre ? s'impatienta Ketty, c'est très important !
- Les... les ailes de la Fée, ses souffrances, son sang... et les esprits de ceux dont il brûlait les corps. Son feu était de chêne, d'if et ... d'ossements humains.
Dans son chaudron il devait y avoir du venin de vipère, de l'amanite des crachats du crapaud...

- Un sortilège qui lui permettrait de se déplacer d'un bout à l'autre de l'Irlande ? demandais-je inquiet.
- Non Goulven, quelque chose de plus terrible encore qu'il aura appris dans le grimoire. Comment pourrons-nous nous défendre s'il arrive à ses fins ? répondit Ketty sombrement.

Nous restâmes silencieux tous les quatre, ketty émettait de curieuses vibrations de couleur, comme une musique, pensais-je. Liam avait une mine sombre et sévère que je ne lui connaissait pas. Aednat était redevenue semblable à la lutine de mes rêves, sage et réfléchie, elle avait laissé sa fantaisie s'évaporer, curieusement cela ne m'attristait pas, j'avais même l'impression de retrouver ma vielle amie, celle qui me visitait en songes lorsque j'ignorais encore ses desseins.

J'ignore pourquoi je les observais de la sorte, c'était presque indiscret, chercher les pensées profondes de personnes en détresse, mais cela m'aida à réfléchir.

- Il est des gnomes à Dingle qui connaissent le Sorcier Noir... commençai-je.

Tous me regardèrent étonnés.

- Mais oui tu as raison ! s'écriat Aednat. Il faut nous servir d'eux pour attirer Kiar !
- Je ne comprends pas... intervint Ketty. du connais ces gnomes ?..
- Du calme les enfants, laissez les Fées régler leurs problèmes, tout ceci ne vous concernent plus...

Liam semblait résolu à nous empêcher de quitter sa forêt enchantée. Je le regardais indécis, comment lui expliquer ce que Mölinn représentait pour moi ?

- Avec tout le respect que je vous dois Maître Liam, je dois... je ne peux...
- Il faut que nous volions au secours de Mölinn ! coupa Aednat avec ardeur, voyant que je ne savais comment parler à son père.

Je fus médusé par sa vivacité d'esprit, mais elle avait dit nous ? ; alors je dis en la regardant :

- Voyons Aednat !.. qu'entends-tu par nous ? tu ne songes tout de même pas à m'accompagner ?
- Crois-tu que je vais te laisser repartir maintenant que nous sommes réunis ?! Ne comprends-tu pas quelles forces nous animent lorsque nous sommes ensemble ?!
- Mais...
- Il n'y a pas de mais ! quel meilleur appât peut-on offrir à Ketty pour attirer le Sorcier Noir ?! répliqua ma petite lutine impertinente.

Je restais sans voix, Liam, qui connaissait l'entêtement de sa fille savait déjà qu'il serait impossible de la raisonner. Peut-être même pensait-il qu'elle avait raison... toujours est-il qu'il ne dit rien, me lançant un regard qui en disait long sur son impuissance.

Ce fut Ketty qui rompit le silence ayant réfléchi à la situation avec sa clairvoyance habituelle :

- Goulven, je vais avoir besoin de toi pour retrouver ces gnomes, tu connais donc leurs identités ? Nous n'avions pas encore eu le temps d'en discuter, je pensais que tu ferais appel au Tribunal des Querelles pour obtenir leur punition, mais je crois que nous n'en avons plus le temps...
Leur châtiment sera terrible s'ils ne nous aident pas ! Aednat, ta vie nous est précieuse, tu le sais, mais tu as raison de penser que toi et ton cher petit lutin êtes le moyen idéal de tendre un piège à Kiar. Mais nous devrons être très prudents : il connaît les ... les pouvoirs de Goulven, il ne se laissera pas surprendre deux fois...
Aux dernières nouvelles Kiar était donc dans les environs de Tralee quand il a attaqué Mölinn. Sans doute l'avait-il attiré là où il avait concentré sa puissance pour la vaincre... Blessée, elle s'est réfugiée en un lieu que nous devrons tenir secret le plus longtemps possible.
De toute évidence, tes amis les chiens ont bien propagé ta requête : Ils pourchassent le sorcier où qu'il se trouve. C'est un atout précieux pour nous... Encore un de tes prodiges incompréhensibles !

Ketty se tut, elle avait retrouvé ses couleurs altières et me fit penser aux oriflammes que brandissaient les hérauts du moyen-âge accompagnant les chevaliers au tournoi.

J'observai les réactions de Liam, tant de choses venaient d'être sous-entendues concernant mes pouvoirs magiques que je craignais qu'il nous interroge plus précisément. Mais heureusement il n'en fit rien et dit simplement :

- Mes enfants, je vois que Goulven est partagé entre le monde des Fées et des magiciens et notre monde, cela implique de nouvelles responsabilités qu'il doit assumer. Mon garçon, tu as vécu un an auprès de cette fée, qui t'a si bien traité, qui t'a appris tant de choses, je comprends que tu ne puisses la laisser en danger... (Il se tourna vers ma petite lutine, qui en cet instant me parut si fragile.) Aednat, ma chère enfant, tu as sans doute raison, Goulven a été remarquable, hardi et inventif. Pour se montrer digne de toi, il a surmonté les écueils terribles que je t'avais insidieusement suggéré de placer sous ses pas... Tu ne dois pas m'en vouloir de l'avoir fait, vois comme il en est sorti grandi !.. Et quand tu dis qu'ensemble vous serez plus forts, que puis-je répondre ?.. Je te prie simplement de ne rien dire à ta mère, elle souffrirait trop de te savoir de nouveau en danger.
Pour ma part, je ne puis faire autre chose que de protéger la vallée, de nouveaux sortilèges seront nécessaires... Envoyez-nous les sternes régulièrement, que mes pensées vous accompagnent pour vous donner le cœur et le courage !

Nous partîmes sur le champ, prétextant auprès de la maman de la lutine, l'envie de visiter la chaussée des géants et d'autres lieux... Je n'avais pas eu beaucoup de temps jusque là pour parler avec elle de sa fille, aussi me prit-elle quelques minutes à l'écart :

- Goulven, je ne suis pas restée indifférente aux efforts que tu as déployé pour rejoindre Aednat.. Ma belle sœur, que tu as rencontré une fois en Bretagne m'a dit beaucoup de bien de toi, elle m'avait raconté avec quel abnégation et désintérêt tu avais servi mon neveu Arthur, avec quel culot tu avais tenu tête à son mari. Depuis je n'ai jamais cessé de pousser ma fille à t'encourager, et je vois que je n'ai pas eu tort...
Je lis dans ton cœur... le courage, le dévouement... l'attachement que tu lui portes, cela me réchauffe l'âme, et je ne doute pas qu'en toute circonstance tu la protèges...
Cependant, le monde extérieur à notre vallée recèle bien des dangers, si tu y es habitué, ta petite protégée elle, est rarement sortie de notre forêt... Tu me comprends n'est-ce pas ?
Mon mari, Liam, comme tous les gnomes ne comprend pas grand chose aux lutines, ainsi il pense pouvoir me cacher ce que vous allez entreprendre... Je ne suis pas aveugle, ni sotte, ses cachotteries cependant le rassure : me croyant protégée de l'angoisse, il se sent plus fort lui-même... aussi je te remercierai de faire comme si je n'étais au courant de rien...
(J'étais tellement étonné que je restais la regarder incrédule.) Allez ! rejoins ta belle, veille sur elle, et ramène-la bien vite ! ajouta-t-elle.

Puis elle m'embrassa maternellement sentant confusément que ma mère devait me manquer terriblement ce jour là...

- Merci petite maman, nous serons extrêmement prudents. lui assurai-je.

Dans la prairie étrange de Ketty, nous fîmes nos plans de bataille, je devais bien évidemment garder le contact avec les chiens, mais je suggérai aussi de demander de l'aide à toutes les communautés que j'avais eu l'occasion d'aider ou qui m'avaient témoigné de l'amitié. Ketty bien que réticente, acquiesça, car elle ne négligeait plus aucune de mes idées.

- Andrews est déjà parti en train vers killarney. me dit Ketty lorsque je m'étonnai de son absence.

Apprendre que ma bonne Fée avait été blessée, était comme avoir reçu un coup de poignard fulgurant dans la poitrine, et j'avais aussitôt pensé à Andrews, il ne pouvait rester indifférent au sort de la jeune Maureen...

J'avais essayé de comprendre la nature des blessures de Mölinn, il m'apparaissait impossible qu'une telle chose soit possible, mais Ketty restait volontairement évasive, sans doute pour ne pas m'alarmer plus (ce faisant elle obtenait l'effet inverse et je faisais des rêves abominables), alors de guerre lasse elle finit par me dire :

- Ses blessures sont telles qu'elle ne peut survivre que sous sa forme féerique... quelle absurdité de permettre à une humaine de pouvoir ainsi permuter ! voilà ce qui arrive... Si jamais Mölinn redevenait jeune fille, elle mourrait aussitôt !
- Mais ne pourra-t-on la soigner ? est-ce irréversible ? Je pensais de nouveau avec angoisse à Andrews, à leur amour contrarié...
- Tu penses à Andrews n'est-ce pas ? devina Ketty avec finesse.
- Oui... je crois qu'ils s'aiment passionnément.

Aednat venait de nous rejoindre elle demanda évidemment :

- Qui ça ?... de qui parlez-vous ?
- Andrews et Mölinn... répondis-je résigné.
-Oh !... comment est-ce possible ? une Fée et un humain ?

Ketty pensa qu'il était juste et utile que ma petite lutine entre dans la confidence :

-Mölinn n'est pas une véritable Fée... c'est une jeune fille, d'environ dix-huit ans... rapporté à vos âges, je dirais qu'elle est votre aînée de trois ou quatre ans dans la vie des hommes. Andrews avait découvert sa vraie nature à Dublin, car Maureen, c'est son nom d'humaine, avait eu l'imprudence de lui raconter l'histoire de Goulven... depuis il ne pense qu'à elle.
- Et je crois que Maureen pense souvent à lui... hélas ! ajoutai-je.
- Hélas ? demanda Aednat.
- Comme je viens de le dire à Goulven, les blessures de Mölinn seraient fatales à Maureen ! lâcha Ketty avec dépit.

Je comprenais à présent pourquoi elle n'aimait pas que des humaines puisse permuter en Fées...

- Mais c'est terrible ! Kiar ne risque-t-il pas aussi de s'attaquer à sa famille ? s'inquiéta ma lutine toujours aussi lucide.
- Comment les protéger ? comment savoir si il connaît la double nature de Mölinn ? demanda Ketty avec fatalisme, n'attendant pas véritablement de réponse.
- En interrogeant les frères Tublinn au plus vite ! répondis-je avec quelque chose de féroce dans la voix qui surprit Aednat.
- Que proposes-tu Goulven ? Tu me fais peur !

Nous voyageâmes au couchant, pendant trois nuits. Chaque halte nous permit d'alerter les lutins et les gnomes, ils devaient en particulier apprendre divers ritournelles insignifiantes aux alouettes, qu'elle ne puisse jouer les porteuses de nouvelles à tord et à travers.
En arrivant en milieu de nuit à Dingle, je voulus tout d'abord m'assurer que rien n'était arrivé aux grands parents de Maureen. Après m'être posé sur "mon" vieux muret, au fond du potager, je demandai à Aednat de m'attendre, tout était calme, je vis dans le potager des traces de récoltes récentes, les derniers poireaux résistaient crânement aux premiers froid. J'inspectais la maison, tout allait bien...

- Tout va bien ici, Kiar ne connais sans doute pas Maureen.
- Tu ne pensais tout de même pas avoir compromis ta Fée auprès des gnomes de Dingle ? chuchota Aednat en remontant sur mon dos.
- Ces fouineurs avaient volé ta lettre ! Ils auraient pu m'espionner... répondis-je en pensée...

Rassuré je repris mon vol vers le port de Dingle, Je connaissait une famille sûr où je pus laisser Aednat en sécurité avant de reprendre mon essor vers les rives du Shannon. [...]

Quand je revins de cette très longue nuit, j'avais ma petite idée pour retrouver les gnomes félons. Je connaissais parfaitement leurs habitudes. Il ne fallut pas deux jours pour les surprendre : il venait d'y avoir une tempête, il était probable qu'ils iraient rôder sur les grèves en bons pilleurs d'épaves !

Nous ne pouvions prendre le risque qu'ils me devinent sous une forme animal, aussi est-ce à "Goulven de Landévennec le Magicien" qu'ils auraient affaire, et je voulais leur faire suffisamment peur pour qu'ils m'obéissent aveuglément... ils venaient de me trahir au bénéfice d'un sorcier, ils trahiraient bien celui-ci de gré ou de force !

Il est extraordinaire comme l'effet de leur mauvaise action pouvait déjà avoir défiguré à mes yeux les quatre frères : je les avais repéré quelques heures plus tôt sur une grève de Brandon Bay, au nord de Dingle, ils fouillaient les épaves rejetées haut sur le sable près de curraghs, à la faveur d'une lune discrète. Sans même m'approcher je j'avais remarqué comme des marques vertes et disgracieuses maculant leurs joues et leur front, déformant leur visage. Si j'avais pu douter jusque là de leur culpabilité, le simple examen de leur conscience, dévoilée à mes yeux à leur insu, suffit à me convaincre : Les frères Tublinn étaient bien responsables de l'enlèvement de ma petite lutine aux yeux verts et peut-être indirectement des blessures de Mölinn.

Aednat à qui j'avais redonné sa taille m'attendait plus haut dans rochers avec une petite surprise pour mes renégats. Je respirai profondément pour me donner l'aplomb nécessaire puis je marchai résolument à leur rencontre. Quand ils me virent ils hésitèrent, Ted, le plus veule esquissa un geste pour fuir, puis il se ravisa, se disant sans doute que ça aurait été un aveu de sa part, les trois autres semblaient tétanisé par la stupéfaction de me voir là, peut-être m'avaient-ils déjà enterré ?

- Hello ! les Tublinn... dis-je d'une voix exagérément enjouée. Que vous arrive-t-il ? Auriez-vous vu un fantôme ? (Ils restaient évidemment stupéfaits de me voir.) Je vous trouve bien peu loquace... ah ! oui... il est vrai que vous avez beaucoup trop parlé ces derniers temps...
- Que veux-tu dire Goulven ? se récria Ted qui pensait me tenir tête.

Ignorant ses paroles je continuai mes provocations :

- Cela ne vous pas rapporté assez d'or... qu'il vous faut encore détrousser les naufragés ? A moins que vous n'ayez pris goût à la charogne ? J'ai entendu dire que vous aviez eu de très mauvaises fréquentations ces derniers temps ! Il faudra maintenant vous m'en rendiez compte !

Une fois de plus c'est Ted qui me répondit :

- Que veux-tu petit nabot ! rugit-il, Crois-tu nous faire peur ? Le Tribunal des querelles ne te suivra pas toujours et...
- Que m'importe le Tribunal ? dis-je brutalement pour l'interrompre. J'ai d'autre moyen pour vous faire entendre raison !

Disant cela j'agitai ma baguette magique qui lança un mince pinceau aux reflets verts sous leurs pieds. Le sable autour d'eux émit une phosphorescence verdâtre puis commença de bouillonner : je venais de multiplier par mille la taille des puces de mer qui fouillaient le sable sous leurs pieds.
Subitement entourés de monstres surgissant à leur côtés ils se mirent à hurler et à trembler sur leurs membres comme des poulains nouveaux-nés.

- Fais les disparaître ! Elles vont nous dévorer !.. criaient-ils tous.
- Qu'obtiendrai-je en échange ? c'est bien de négoce sordide que vous vivez maintenant ? vendre vos semblables... que me promettez-vous ?
- Tout ce que tu voudras ! par pitié... lança Ted.
- De la pitié ? Crois-tu Ted Tublinn que celui qui a enlevé ma princesse en a fait preuve ? Dis moi... que crois tu qu'il lui fit ?
- Je... non ! pitié, fais les disparaître ! je ne sais pas ce qu'il lui a fait !

Je rendis aux puces de mer leur taille normale et elles s'enfouirent aussitôt dans le sable. Les quatre misérables se jetèrent à mes pieds, bafouillant de mauvaises excuses. Je les conviai sèchement à se lever et à me suivre, ils hésitèrent alors je ressortis ma baguette de la manche pour leur indiquer la direction à prendre... Cela suffit à leur faire entendre raison.
Je les fis passer devant moi et nous rejoignîmes Aednat. Là ils se jetèrent encore à ses pieds implorant son pardon, sa pitié. Elle ne se laissa nullement impressionner :

- Levez-vous honte de notre espèce, levez-vous et taisez-vous ou je lui ordonne de vous changer en pierres !

Ils obéirent sur le champ, si vite qu'elle en fut surprise, elle n'avait pas vu comment je les avais terrorisé, mais comprit qu'ils étaient domestiqués, cela lui donna une assurance plus grande encore.

- Par deux fois vous avez trahi mon ami, par deux fois vous avez mis nos vies en danger, la première fois il a fait montre d'une mansuétude dont mon père, le grand Liam de Lough Swilly, n'aurait pas fait preuve... Si vous ne voulez pas qu'il vous cherche querelle, si vous ne voulez pas finir vos jours bannis et affamés sur un îlot rocheux au large d'Achill Island, je vous conseille de nous obéir.
- Nous obéi...
- Silence Tublinn ! gronda Aednat, J'ai encore quelque chose à vous montrer...

Elle frappa théâtralement dans ses mains, et nous fûmes entourés d'une famille de renards grondant sourdement. Les quatre gredins recommencèrent à flageoler sur leurs jambes, Deaglan, mon ami du Shannon chevauchait Bladhaire, son père la femelle que j'avais sauvée, Kila et Kina avaient réussi à être du voyage et rayonnaient de témérité sur les renardeaux qui avaient beaucoup grandis.
Je dis en direction des fauves à haute voix :

- Voilà le poulailler qu'il vous faut surveiller, si l'un d'eux faisait mine de vouloir fuir, si la lutine ou moi-même devions disparaître, s'il nous arrivait quoique ce soit... je vous autorise à en faire votre repas...

J'avais pris soin pour dire ces derniers mots de regarder Ted et ses frères droit dans les yeux, afin qu'ils jugent de ma détermination. Chacun à sont tour invita sa monture à venir reconnaître les gnomes. Leur peur décuplait quand ils sentaient la respiration des bêtes tout près de leur figure. Puis Deaglan fit se retirer les renards dont l'obéissance fit grande impression sur nos vilains, et me subjugua également.
Ensuite je leur expliquai ce que nous attendions d'eux et les informations "secrètes" qu'ils devaient faire parvenir à Kiar. Ils n'essayèrent même pas de protester qu'ils n'étaient plus en mesure de le joindre, j'en conclus qu'ils devaient toujours être à ses ordres d'une quelconque manière.

Quand nous les abandonnâmes tout à leur désarroi, Aednat me confia qu'elle n'arrivait pas à comprendre comme ces petits pères tranquilles avaient pu faire des choses aussi abominables :

- ...J'ai même eu pitié d'eux quand les renards les ont flairés !
- C'est parce que tu n'as pas vu leur âme... Par bonheur, lui répondis-je avec lassitude.
- Est-ce vraiment si terrible à voir ? s'inquiéta ma chère lutine. Tu ne peux pas empêcher ce don d'altérer ta vision des autres ?
- Non, pourtant parfois je le désire très fort! Ce que je vois ne peut Ítre comparé à la laideur physique : le plus ingrat visage, s'il n'est pas animé de noires pensées, portera douceur et bonté à mes yeux ; mais là... Dis moi... Comment t'est apparu Kiar ?
- Je crois quand même qu'Andrews est plus beau que lui... Bien que Kiar ait des yeux d'une couleur extraordinaire... commença Aednat.

Je l'interrompit aussitôt :

- Ses yeux ?... des orbites creuses, les yeux gris et glacés, sans iris, avec une pupille verticale comme les serpents. Voilà ce que j'ai vu !
- C'est affreux !
- Et je n'ai jamais pu apprécier la beauté sublime de Mag son amante, elle m'est toujours apparue comme Méduse, des tentacules hérissant sa tête, déformant son visage... La première fois que je l'avais vue, j'avais cru voir la Mort elle-même ! non... il n'est pas facile de regarder le mal en face... Comme j'aimerai parfois pouvoir m'y dérober !

Ma tendre petite lutine, attentive à ma détresse, prit soin de ne plus m'interroger sur mon don, je pense qu'elle avait conscience qu'il m'était donné de voir des choses qui dépassaient réellement toute imagination !


Il nous fallait maintenant attendre un signe du sorcier noir. Après leur avoir fait si peur, ma colère envers Ted et ses frères s'était résorbée. J'arrivais à maîtriser mon désir de vengeance. J'avais tellement peur qu'une haine irrépressible s'insinue en moi comme un poison, et que je ne puisse plus me regarder dans un miroir ou l'eau d'une flaque sans y voir un monstre hideux. Oui le temps venu je leur chercherai simplement querelle, ou mieux, je laisserai à Liam et ses pairs, le soin de punir les gnomes déloyaux.

Nous aurions voulu aller au chevet de Mölinn, mais c'était trop tôt, trop dangereux, et Ketty avait même préféré que nous ignorions où elle se trouvait tant que nous n'aurions pas écarté la menace. Elle avait raison, et nous n'avions pas insisté. Seul Andrews était allé lui prodiguer des soins que j'imaginais volontiers plus efficaces que tout autre.

Pendant que nous nous occupions des gnomes, Ketty, elle, regroupait nos forces, Fées, magiciens, tous ceux qui étaient présents lors de l'assemblée des Fées ; Mais aussi, avec l'aide précieuse et l'autorité de Liam, certains gnomes du kerry qui furent réunis dans le plus grand secret, elfes et lutins des campagnes furent également invité à se liguer contre le dernier sorcier noir de l'Île. Pour la première fois peut-être mes semblables allaient enfin montrer qu'ils méritaient un peu d'estime de la part du monde magique, du moins l'espérais-je.

Seules les sylphides et autres farfadets restaient tenues à l'écart, trop fragiles, trop inoffensifs pour nous apporter une aide. Pourtant les sylphides spontanément se proposèrent, de taillis en bosquets, de bosquets en forêts d'épier les moindres mouvements anormaux ! Leurs révolte s'était propagée ainsi comme une traînée de poudre de la forêt de Liam jusqu'à celle de Waterford, puis s'était répandue à tout l'ouest.

Mes amis, qui n'entendent rien à leur babillage doutaient de l'utilité de cette armée d'éclaireurs, mais je leur fis remarquer que tout aide était précieuse, et que les sylphides, dont le commun ignorait jusqu'à l'existence, étaient extrêmement discrètes et qu'elles arrivaient à communiquer de proche en proche à une vitesse fulgurante ! Je pris donc toujours soin, où que je me trouve, de chercher les petites créatures dans les hauteurs des arbres afin qu'elles sachent toujours où me trouver.
Évidemment les chiens restaient en alerte, le vieux Sam, la première âme que j'avais rencontré en Irlande, y était sans doute pour beaucoup, lui qui parcourait toute l'Île avec son maître depuis des années.

Nous surveillions de près nos quatre gnomes, et il ne se passait pas une journée sans qu'ils ne sentent l'haleine chaude d'un renard sur leur nuque ! Nous découvrîmes par les sylphides que Kiar utilisait freux et corneilles pour espionner et communiquer avec ses serviteurs, Elles avaient observé des comportements étranges en observant les oiseaux sur la presqu'île de Dingle. De même nous fûmes alertés que le sorcier noir avait aussi quelques humains à son service. Ceux-ci n'avaient apparemment pas de pouvoirs magiques, mais lui offraient des cachettes provisoires, de la nourriture et beaucoup de choses sans doute utiles à sa cuisine maléfique... ainsi ce fermier de Listowel qui collectionnait les têtes des chats de son voisinage, tel autre à Ballybunion visitait les cimetières des humains à la nuit.

Cependant nous ne savions ni où était Kiar, ni ce qu'il préparait, et bien que nous pensions que les frères Tublinn avaient transmis leurs informations, le sorcier n'entreprenait rien, nous ne nous cachions pourtant pas... c'était exaspérant !

- Sans doute n'est-il pas prêt, raisonna ma petite lutine un soir où je perdais espoir.
Il faut être patient Goulven, tous ceux qui nous entourent et nous aident ne doivent pas avoir fait tout cela en vain ! Montrons leur notre sagesse !

Je savais qu'elle avait raison... ma merveilleuse amie ; comment était-il possible qu'une enfant de son âge soit si logique et réfléchie ? Rapporté à une vie humaine, nous étions seulement dans l'adolescence. Et moi j'étais toujours impatient et inquiet : chaque heure, chaque journée interminable me semblaient pouvoir être fatales à Mölinn !

Si, comme le prétendaient Aednat et Ketty, la défaite du Sorcier Noir mettait un terme à ses sortilèges, alors les chances de guérisons de ma petite fée seraient accrues : il ne faisait plus de doute pour la sage lutine qu'il l'avait laissé vivre à dessein : dans son incantation il entendait bien tirer profit des souffrances de la Fée !


Autre chose me dévorait le cœur : Sans doute Maureen avait-elle prétexté une visite chez son frère, ou chez Tante May, pour partir de la maison... si elle ne revenait pas bientôt ses grands-parents seraient fous d'inquiétude !.. J'avais beau tourner et retourner cette question dans ma tête, je ne voyais aucun moyen de les rassurer, cela me tourmentait beaucoup car j'avais une réelle affection pour Grand-Père et Grand-Mère.

Ah ! Maureen... comme je t'aimais... Tante May avait bien raison : tu est si fragile, petite humaine désarmée. Si j'avais connu les prières des humains, j'en aurais faites pour toi, avec ferveur si cela devait suffire à te sauver ! Tu étais si gentille avec ton "petit lutin magique"... et quand tu me secouais dans la grande poche de ton tablier !...
- Qu'as-tu Goulven ?... tu sanglotes ?... tu n'arrives pas à trouver le sommeil ?... tu penses à Mölinn ?... c'est ça ?
- Non Aednat... je pense à Maureen, que tu ne connaîtras peut-être jamais... à ses grands-parents qui n'ont plus qu'elle, à Tante May... si prévenante pour tous les orphelins. Comment pourrais-je les aider ? Comment pourrons-nous la sauver ?!
- Je... je l'ignore Goulven, ton petit cœur est trop plein d'amour !... tu débordes, il faut que nous en distribuions... donner de l'amour... que pouvons-nous faire d'autre ? me dit doucement Aednat qui commençait à avoir les yeux rougis de larmes.
- Je voudrais au moins les prévenir... leur dire qu'elle rentrera bientôt...
- Peut-être une lettre ?... avança ma lutine avec prudence.
- Crois-tu ?? Maureen avait raconté mon histoire devant les enfants au refuge de Tante May, elle aussi était là, quand Andrews a deviné qu'elle disait la vérité, il a deviné sa double nature... Mais comment Tante May recevra une lettre ... d'un chien ?! Bien sûr l'histoire était belle et elle aura touché son cœur mais...
- Choisis les mots... donne ton amour... si c'est une de mes sternes qui lui apporte ton billet... pourquoi pas ? proposa Aednat.
- Je pense savoir comment tourner mes phrases pour qu'elle me prenne au sérieux. dis-je résolu. Au moins ne devrai-je plus attendre sans rien faire !

Chère Tante May,
Vous souviendrez-vous de moi ?
Je vous connais bien, j'accompagnais Maureen l'hiver dernier, lorsque la Liffey charriait de terribles choses.
Elle me tenait en laisse, mais je n'étais pas vraiment un chien...
Souvenez-vous mon accident, souvenez-vous mon histoire...
Lorsqu'Andrews le musicien m'a demandé de la raconter aux enfants par la voix de votre nièce...
Souvenez-vous lorsque j'arrivais toujours premier à la cloche du dîner, même le premier jour sans jamais l'avoir entendue...
Souvenez-vous comme je sus vous attendrir pour dormir dans la chambre de Maureen.

Je vous devais la fin de l'histoire :
Goulven, le petit lutin de jardin de l'abbaye de Landévennec, a repris sa forme originale.Il a enfin rejoint le Donegal, et la forêt enchantée.
Il a retrouvé sa petite lutine rousse aux yeux verts...
Celle qui le visitait en songes, celle pour qui il a fait tant de chemin...
Il lui a fait sa demande en déposant à ses pieds trois glands de chêne magiques.
Elle lui a dit oui !
Ils sont encore trop jeunes, mais dans quelques années ils se marieront...

S'il vous plaît de me croire, faites-le moi savoir en confiant votre message à ce petit Hermès ailé qui vous a apporté cette lettre...
Oui, vous pouvez regarder par votre fenêtre, ma sterne devrait être là, patiente...
J'espère une réponse, car se trament des heures sombres comme elles furent déjà l'an passé par deux fois : au printemps lorsque les rats envahirent les greniers et les villes, et ce fameux hiver lorsque je suis venu sauver quelques enfants égarés sur les bords de la Liffey....
Votre très dévoué Goulven, Lutin ou beagle, selon votre souvenir.

D'avoir écrit puis envoyé cette lettre me gonfla de bonheur et d'espoir. Ma petite lutine trouvait l'idée finalement intéressante, mais elle doutait qu'une humaine même avec les qualités que je prêtais à Tante May puisse quelque chose pour une Fée...

Nous nous disputions souvent sur les vertus et les défauts des humains, Aednat ne voyait en eux que des êtres imprévisibles et dangereux dont il fallait toujours se défier :

- Je ne comprends pas l'intérêt que tu portes aux humains goulven ! A croire que tu en fus un dans une vie antérieur, ou pire que tu soies un humain victime d'un mauvais sortilège ! concluait-elle nos chamailleries en riant.
- Écoute, chère petite lutine, vous autres gnomes des forêts vivaient loin d'eux, protégés par de puissants maléfices. Mais moi, et les autres lutins de jardin, qui vivons si près d'eux, avons une sorte d'arrangement avec les humains... Nous échangeons de menus services et...
- Que me chantes-tu là, un arrangement, des services ! Si les humains ouvraient les yeux, s'ils capturaient l'un de vous, ne vous chasseraient-ils pas de leurs propriétés comme ils font des chiens errants, comme de vulgaires parasites ?! N'as-tu pas été menacé de servir d'appât pour les crabes, n'as-tu pas risqué être exposé dans une cage de village en village ? Crois-moi, ils ne vous traiteraient pas mieux que souris et rats !
- Oui, je ne peux le nier, mais les humains ont inventé des mots... que nous ne connaissons pas dans notre langue : tolérance, solidarité, fraternité... Et tous ceux qui me connaissent ont ces belles qualité : Maureen et ses grands-parents, Tante May, Andrews, Finbar the jolly tinker, Loïc le charpentier, Shaun le charmeur d'esprit des tourbières et son fils Davy le pêcheur...
- Attention mon petit lutin naïf, ni les grands parents de Maureen, ni Tante May, Shaun ou Finbar ne te connaissent en tant que lutin, l'oublier pourrait être très dangereux !
Certains connaissent un chien particulièrement intelligent voire un âne... C'est autre chose ! Et ces mots dont ils doivent s'enorgueillir d'après toi... Pourquoi n'existent-ils pas dans notre langue ? Parce que ce sont des vertus qui nous sont naturelles !
Ces humains qui les ont inventés je te le concède sont conscients des défauts de leurs semblables, ils luttent sans doute pour rapprocher l'humanité de la grande communauté de la nature, mais combien sont-ils ?
Quelle force ont leurs voix réunies face à ceux qui ont inventé, non plus des mots, mais des armes, des tourments et mille manières d'asservir leurs semblables les animaux et Mère Nature ?..

Que pouvais-je répondre à cela ? Nos deux mondes ne pouvaient à l'évidence se rejoindre... ne pourraient-ils pas au moins vivre dans un équilibre secret ? Ces conversations m'attristaient toujours, car je savais que la lutine avait raison, mais que cette raison lui dictait des paroles proches de la haine, proche de cette haine que j'avais éprouvé moi-même envers les renards, ces "mangeurs de lutins"... voilà ce qui me troublait vraiment !

- Tout de même Aednat, ce que tu me dis là, c'est comme ce que je pensais des renards... Cela ressemble à de la haine, tu les hais parce que tu les crains... Je comprends tes craintes, elles sont fondées, l'homme est le pire prédateur ; mais comme je l'ai fait des renards, tu dois le faire des humains, et chasser la haine qui germe dans ton cœur... sinon à quoi bon m'avoir fait visiter les rives du Shannon ?
- Je vais essayer Goulven, je te promets, mais toi promet moi de garder tes distances des humains que tu ne connais pas... Veux-tu te rendre à ma raison petit lutin de jardin ?..

Rien de nouveau n'intervint du côté du sorcier avant qu'une sterne ne se pose un soir près de nous. Nous étions alors sur les rives de Lough Caragh, entre Dingle et Killarney, changeant souvent de place pour ne pas nous laisser surprendre par Kiar, bien que nous ne nous cachions pas.

- Goulven ! Elle revient de Dublin !
- Ah ! ça... Aednat, comment les reconnais-tu ?
- Vite ! regarde... il y a un message , c'est incroyable !

L'excitation de ma petite lutine me fit penser à celle de Maureen chaque fois que je recevais une lettre d'elle justement. Ah Ces filles ! pensai-je en déroulant la feuille. L'écriture était calme et appliquée :

Étrange vagabond,
J'ai été ravie de pourvoir donner de vos nouvelles à mes petits pensionnaires, et leur raconter la fin de l'histoire.
J'ignore par quelle tour de passe-passe ma nièce a réussi à si bien dresser cet oiseau, ni comment elle a su si parfaitement travestir son écriture, mais je suis heureuse qu'elle me donne ainsi à lire de si bonnes nouvelles de vous.
Vous parlez d'heures sombres, j'espère que Maureen est bien sage et prudente.
Mais je ne suis pas inquiète, avec un chien, pardon un lutin! si intelligent à ses côtés.
J'ai d'ailleurs rassuré ma sœur et mon beau-frère, ses grands parents qui étaient sans nouvelles.
Cher Goulven, ne manquez pas de me redonner de vos nouvelles,
cela me fera toujours le plus grand plaisir.
Vous vous êtes choisi une remarquable maîtresse :
J'ai toujours pensé qu'une Fée s'était penchée sur le berceau de Maureen, tant cette enfant semble avoir de dons !..
Protégez-la pour nous.
Affectueusement Tante May

Bien qu'elle ait fait des efforts remarquables pour serrer son écriture, sa lettre était très courte. Ma petite lutine me regardait de travers après m'avoir rendu le billet, alors que je ne me lassais pas de lire et relire la lettre, et lorsque je levai les yeux vers elle elle me dit :

- Goulven ! ne peux-tu t'empêcher de toujours repousser les limites du raisonnable ?! (Je ne sus que répondre.) Enfin, reprit-elle, tu as réussi à rassurer ceux que tu voulais rassurer sans te dévoiler ! n'est-ce pas inouï ?

Elle avait raison, même si dans mon fort intérieur j'avais espéré être cru, c'était parfait comme cela : Maureen pourrait écrire d'autres lettres au nom du lutin Goulven, et Tante May serait rassurée, persuadée que c'était bien sa nièce qui lui jouait ce tour !

- Hé ! Goulven ? ne me dis pas que tu es déçu... espérais-tu vraiment ? non... tu espérais vraiment qu'elle croirait ta fable ? Hi Hi !...
Ho ! décidément... mon père a raison : Il n'y a pas plus naïf et crédule qu'un lutin de jardin Hi Hi !
- Ho ! vilaine lutine... cesse de te moquer de mes rêves, il n'y a pas si longtemps tu en faisais partie. Si tu continues je te change en grenouille de conte de Fée !
- Trop Tard ! Mon petit prince charmant... Tu as déjà embrassé la grenouille, et je suis devenue une belle princesse !

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