La mégère de Tralee.

Tralee, petite bourgade au fond d'une étroite anse au sud du comté de Clare, est plutôt paisible. Lorsque Maureen parla de m'y envoyer en mission, je me souvins y avoir embarqué clandestinement sur le curragh de Seamus et Davy.

-C'est une tâche délicate à laquelle tu seras confronté cher petit lutin. Il y a à Tralee un couple d'humain peu fortuné vivant de la culture de la pomme de terre. John a un grand c œur, et m'a demandé s'il m'était possible de lui venir en aide : pour une raison qu'il ignore, Margaret, sa femme le maltraite fréquemment, et de plus en plus violemment... Ils n'ont pas d'enfants et John pense que c'en est la raison, mais j'en doute. A toi de le découvrir !
-C'est une requête étonnante ! Que viendrait faire la magie, une fée ou un lutin dans des affaires de ménage ?
-John est mon frère, il ne s'est pas confié à la fée Mölinn, mais à sa s œur Maureen... Aucun humain qui connaît Maureen ne sait qu'elle est aussi la Fée Mölinn, tu comprends l'importance que revêt ce secret, n'est-ce pas?

Pour toute réponse je hochai la tête pensivement.

-S'il s'averrait que ce ne soit qu'une affaire de famille...

Elle ne termina pas sa phrase, je sentis qu'elle savait qu'il se passait autre chose, quelque chose qui paraissait même l'effrayer, car si John était son frère, n'était-elle pas la mieux placée pour leur rendre visite et découvrir les cause des crises de violence de Margaret ?...

-Précise s'il te plaît ce que tu attends de moi. Margaret menace-t-elle la vie de John ?..
-Pas encore, mais... Je ne suis sûre de rien hélas... Tu devras être très prudent... Une fois encore.

Sa voix était hésitante, mal assurée, comme si malgré elle, elle ne pouvait tout dire !

-Me métamorphoseras-tu ?..
-Oui, tu seras plus libre d'observer Margaret ... Elle adore les chats ... Je sais que tu as de mauvais souvenirs de chat... Ce n'est peut-être pas une bonne idée ?... Qu'en penses-tu ?

Pour la première fois elle me demandait mon avis, l'affaire était-elle si sérieuse ??

-Tant que tu évites de me métamorphoser en un animal qui pourchasse les gnomes, je te fais confiance.

Disant cela je regardai néanmoins mes galoches pour ne pas trahir mon agitation. Mais il n'est pas facile de tromper une fée !..

-En fait, tu n'as pas du tout envie d'être un chat !.. Mais tu le sais bien : jamais de mémoire de gnome, on a entendu parler de chats mangeurs de lutins... Même en Bretagne ?.. Non ?..
-Oui c'est vrai... Mais Non rien, je suis prêt.

Maureen avait attendu que je dise je suis prêt avant de donner son coup de baguette magique...

Je lui en étais reconnaissant : j'avais découvert auprès de mes amis irlandais, qu'il était fréquent que les fées prennent des lutins à leur service, mais toutes n'étaient pas, paraît-il aussi gentilles avec nous que ma maîtresse.
J'avais même entendu des histoires effrayantes, mais je n'avais jamais osé interroger Mölinn à ce sujet, j'avais peur de la froisser.
Elle m'avait déjà laissé entendre qu'elle redoutait l'assemblée des fées, c'est donc qu'il y avait sans doute aussi de méchantes fées...

Cela expliquait aussi les craintes qu'avaient eu vis à vis de moi les naïfs frères Tublinn, et qui m'avaient valu de comparaître devant le Tribunal de Querelles. Depuis nous avions parlé de Mölinn, ils ignoraient évidemment qu'elle n'était autre que la jeune Maureen, menant une existence sage chez ses grands-parents de Dingle...

Je leur avais expliqué avec quelle patience elle tolérait mes farces jusque dans sa maison, je leur avais montré certains des livres qu'elle m'avait offerts et leur avais expliqué qu'elle me traitait comme un petit frère !

-Elle n'est pas comme certaines fées qui enferment leurs lutins dans des cages quand elles n'ont pas besoin d'eux !...
-Certains de nos frères sont devenus fous ! ...
-Ou même ont essayé de fuir plutôt que de devoir faire des choses affreuses !

Toute ces considérations m'avaient fait frémir, j'ignorais tout cela quand j'avais accepté le marché de Mölinn : Une année à son service contre un deuxième v œu !..
Mais, à la réflexion, Le bon Sam m'aurait-il envoyé à la rencontre d'une méchante fée ?... Et n'aurais-je pas deviné sur sa figure la sécheresse de son c œur ?...

Mes pensées étaient donc ailleurs quand j'entendis :

-Et hop!

Comme les deux premières fois, un frisson horrible me parcouru l'échine, de la nuque jusqu'au bout de la queue, dont la découverte restait l'expérience la plus douloureuse de chaque métamorphose...

J'avais beau savoir à quoi ressemblait un chat, je me rendais compte comme ma connaissance des chats était superficielle !..

Pourquoi involontairement venais-je de me hérisser, et d'essayer de griffer la main apaisante que me tendait Maureen ?.. Pourquoi crachai-je ainsi ?..

-Que se passe-t-il Maureen ?.. Je ne contrôle rien !. C'était un véritable appel au secours !
-Calme-toi... Là... Du calme mon beau minou !.. Sa voix me parvint comme un chant, comme le chant d'une sirène aux oreilles du marin !.. Le chat furibond qu'en un instant j'étais devenu, se calma peu à peu...

J'en profitai pour tenter de maîtriser ma peur et sonder ce corps de félin. Je me trouvai avec étonnement une grande force, une assurance nouvelle... Je sentis le prédateur en moi, pour la première fois de ma vie je ressentis l'instinct du chasseur !.. Alors une chose affreuse me traversa l'esprit : jamais je n'avais mangé de viande, nous, lutins ou gnomes n'avons jamais eu besoin de devenir des chasseurs, et pour la plupart répugnons à dévorer nos frères à plumes ou à poils...

L'ouie aussi précise et fine que la souris, je n'écoutais plus les même chose qu'elle, plus de la même façon... Je n'étais pas inquiet, guettant le moindre bruit.

Autre surprise, Maureen m'apparut terne et triste alors qu'une minute avant elle était rayonnante dans sa robe bleue , je savais que les chats voient aussi bien de jour que de nuit, mais j'ignorais qu'ils ne voyaient pas les couleurs Tout m'apparaissait en un dégradé de gris, mais avec une précision et une finesse accrue
Comme pour la souris, l'odorat du chat est très puissant et je 'voyais' littéralement avec mon nez : flairant autour de moi le grand grenier je sus qu'un lutin était passé par là !.. C'était ma propre odeur !..

Ainsi contrairement à la souris, les odeurs auxquelles j'étais devenu le plus sensible n'étaient plus celles du blé ou du fromage, mais les odeurs des êtres vivants : Me rappelant que la nuit précédente j'avais eu la visite de souris, je fus surpris que leur passage ait laissé des traces olfactives aussi nettes pour le chat, et ce plusieurs heures après !..

Maureen, comprenant que je commençais à dominer mon nouveau corps proposa de partir.
Voilà comment elle expliqua à sa grand-mère ma présence et son départ pour Tralee :

- Je vais voir John et Margaret, j'ai trouvé ce chat en détresse dont Margaret sera ravie de s'occuper.
- Puisse-t-il lui changer les idées ! lança Grand-mère en me regardant Il a un drôle de regard ce chat. ajouta-t-elle.

Par réflexe je détournai aussitôt les yeux.

- On croirait qu'il a compris mes paroles ! s'exclama Grand-Mère.
- Ou il vient de flairer une souris !

Maureen venait de rattraper mon erreur, mais dès que nous fûmes en chemin elle me rappela à la plus grande prudence

- Margaret aura tôt fait de deviner que tu n'es pas un chat ordinaire si tu es aussi maladroit !
- Ne peux-tu m'en dire plus sur elle ?.. Est-elle une sorcière, a-t-elle des pouvoirs magiques ?..
- Je l'ignore Goulven à toi de le découvrir, si ça avait été aussi simple, j'en aurais été prévenue et n'aurais pas eu besoin de toi !

Le reste du voyage nous restâmes silencieux, car c'est sur le cabriolet d'un voisin que Maureen avait pris place.

Nous arrivâmes vers midi, chez John. Leur accueil fut très cordial, tant pour Maureen que pour moi, quoique John me lança un regard teinté de mépris.

- Encore un chat ?.. Décidément Maureen, tu as le chic pour dégoter ces bestioles !
-Que t'importe ?! répliqua sèchement Margaret en me prenant dans ses bras...

Il me fallut faire des efforts considérables pour ne pas trahir mon appréhension et rester calme... Elle me caressait le ventre et je pus à loisir la dévisager... Rien d'anormal, pas la moindre trace de méchanceté, je commençai à ronronner !.. Ainsi le ronronnement n'était-il qu'une sorte d'extase de contentement ?.. je commençai même à m'assoupire...
Margaret me posa par terre, plusieurs chats vinrent me sentir, aucun ne manifesta d'hostilité, il faut dire que rapporté à mon âge gnomique je faisais un tout jeune chat, et rien ne me distinguant des autres chats...

Après le thé Maureen prit congé, non sans venir me dire au revoir.

-Soit vigilant, surtout si tu essaies de lire dans ses pensées !.. me glissa-t-elle à l'oreille.

Il ne restait plus qu'attendre, espérant que les évènements ne tardent à se précipiter... Je choisis une place au soleil déclinant, somnolant un peu, tendant parfois une oreille vers la cuisine... Puis j'avisai une petite pelote de poussière, je commençai à jouer avec, laissant au chat l'initiative, jusqu'au moment où me revint en mémoire les brutalités du terrible Flush à Cork jouant avec mon petit corps de souris...

L'idée que j'allai devoir bientôt manger me dégoûta Peut-être ne me donnerait-on que du lait, du poisson ou des œufs ?.. Je retournai à mon poste d'observation... La vie des chats est bien monotone pensai-je... Deux chatons à peine plus jeunes que moi vinrent me taquiner, mais je n'avais guère le goût à jouer à la lutte Un regard irrité et un mouvement de la pointe de la queue suffirent à leur faire comprendre

- Il n'est pas bien sociable ce chat ! La voix de Margaret me sortit de ma torpeur, elle me regardait et m'observait sans doute depuis quelques minutes, et mon manque d'appétit pour le jeu semblait la surprendre

Elle fut ensuite surprise par mon manque d'appétit tout court, car quand elle posa pour ses pensionnaires une écuelle contenant des restes de viande, que tous se précipitèrent, moi seul, complètement pris au dépourvu devant ce régime de carnassier restai sans manger !..
Mais comment aurai-je pu manger de la chair ?!.. Je compris d'un seul coup les craintes des gnomes face à l'un des leurs que l'on aurait pu métamorphoser en renard !.. J'étais très anxieux devant ce dilemme : j'étais dorénavant un carnivore, or nous autre petit peuple des lutins ne mangeons jamais de poil ou de plume !.. Et s'il me restait de cette aventure le goût de la chair et du sang ?.. Devais-je à cause de cela risquer d'être découvert ?..
Je choisis d'attendre que tous les chats soient rassasiés, en me mêlant à eux pour faire semblant. Il me serait sans doute ensuite possible de voler du fromage ou du lait ?.. Mais l'odeur même de cette nourriture retournait mon c œur de lutin alors qu'elle aiguisait la faim du chat... Et à la fin la nature pris le pas sur la raison... Les premières bouchées me firent encore ce double effet, de dégoût et de volupté, puis cédant totalement à l'animalité, je mangeai comme les autres...
Plus tard., je constatai qu'à chaque repas, la même lutte s'opérait enter le lutin et le chat, je n'étais donc pas en train de devenir un lutin carnivore bien heureusement!..

Je me demande si les hommes ne se sont pas trompés quant au lieu de continuer à vivre paisiblement de cueillettes, ils ont imité les loups et ont commencé à dévorer de la chair

Et dire qu'on leur inculque que c'est en mangeant un fruit qu'ils ont perdu leur innocence !.. Moi je commençai à comprendre, pour avoir ressenti ce que ressent un mangeur de viande, que c'est bien d'avoir goûté de la chair encore frémissante et tiède qui les avait perdus !

Pendant quelques jours, rien ne se passa, je sentais que Margaret continuait de m'observer, mais avait-elle remarqué qu'elle-même était sous ma surveillance ?... Rien d'anormal n'intervenait... Jusqu'à ce matin où au lieu de venir appeler ses chats sur le perron de la cuisine, je l'entendis crier. Mais ce n'était plus un cri humain... C'était une sorte de hurlement sauvage !.. Je ne pouvais me tromper sur sa voix, mais les sons inarticulés dont elle déchirait l'espace avaient quelque chose d'inhumain !..
Presque aussitôt, John sortit de la maison, sa joue était griffée jusqu'au sang !.. Il referma la porte et tenta d'en tourner la clef, mais Margaret, plus prompte, rouvrit avec une force et une violence incroyable lui crachant au visage comme une chatte en furie !.. Tous les chats avaient évidemment fuient à la première alerte, et je restais seul, alors que John était sorti de la cours à reculon, seul avec la furieuse. C'était ma première erreur, car aussitôt elle se tourna vers moi, les cheveux en désordre comme la coiffure de la gorgone, les yeux brillants et terribles comme Méduse, je remarquai alors pour la première fois toute la haine, la soif de sang et de vie gravée en profondes marques sur son visage !..

Comme à chaque fois que je m'étais trouvé en grande difficulté, l'animal prit le dessus sur le lutin : Le chat fit le gros dos, se hérissant du nez au bout de la queue, gonflé comme un hérisson, je crachai aussi fort qu'elle !..
Elle fit un bond, mais plus rapide je me mis hors d'atteinte, et je vis alors la chose la plus extraordinaire qui soit !.. Elle se retourna vers la cage grillagée où ses poules étaient enfermées pour la nuit, y entra et de ses mains décapita l'un des volatiles ... Laissant la sauvagerie l'envahir totalement je la vis boire goulûment la vie de la malheureuse bête qui s'agitait encore !.. Quand elle eut bu tout le sang, elle se laissa tomber lourdement sur la première marche d'un escabeau...

Pendant longtemps elle resta prostrée... Je regardai alentour, j'avais été le seul témoin, John devait sans doute être déjà au pub pour noyer son chagrin, les chats s'étaient égaillés dans la lande, et les poules, indifférentes au sort de leur s œur, picoraient plus loin dans le potager.

Quant elle leva les yeux, ce fut vers moi que se portèrent ses regards, elle avait perdu toute férocité, elle semblait perdue, appelait au secours, moi seul avait assisté à la scène, en était-elle consciente ?.. Elle semblait avoir tout oublié : machinalement elle commença à plumer la poule, puis la vida pour en offrir les viscères à ses chats...
Elle remarqua une fois de plus mon manque d'appétit... Ensuite elle partit faire sa toilette, la terre avait bu le sang qui avait coulé sur le sol, et il ne restait de l'incident que la poule qu'elle s'apprêtait à faire cuire !..
Maureen avait donc raison, il ne s'agissait nullement de scène de ménage... Une chose diabolique avait rendu la pauvre Margaret complètement folle ce matin là, et je pensai cependant qu'elle avait eu la force, avant de perdre complètement contrôle d'elle-même, de faire fuir son cher John !.

-Ainsi tu pense que Margaret a protégé John contre elle-même ?... Mölinn, était venue aux nouvelles sous ses beaux atours de fée.

Nous étions discrètement assis au faîte du toit de la petite chaumière de son frère, cette nuit d'octobre sans nuages qui annonçait les grands froids... Je n'avais jamais si bien servi ma fée me semblait-il, elle était bien sûr rassurée, mais en même temps très inquiète, qu'avait-il pu se passer au début de l'été qui ait ainsi fait perdre la raison à sa belle s œur ?...

-Depuis le début de l'été ?... pensai-je en écho aux dernières paroles de Mölinn.
-Que viens-tu de dire ?.. Mölinn venait subitement de s'illuminer comme la flamme sous le soufflet !
-Tu ne viens pas dit que c'est depuis le début de l'été que Margaret a changé ?..
-Oui... Penses-tu à la même chose que moi ?..
-Euh... Non je ne pense à rien... Le début de l'été pour moi, c'est mon voyage à Cork...
-Justement !.. Les premières crises de Margaret, coïncideraient avec ...

Mölinn s'était interrompue brusquement, j'eus beau essayer de sonder sa pensée, elle ne laissa rien transpirer !

-Avec quoi ?.. Me diras-tu un jour ce qui s'est passé à Cork ?...
-Pour l'instant, moins tu en sais mieux c'est, pour ta sécurité et celle de ta lutine, fais-moi confiance je t'en prie...
-Mais ...
-Cela suffit Goulven !.. Nous rentrons !
-Comment ?! Mais tu me dois des explications !..

Mais Mölinn ne m'écoutait plus, elle s'était envolée vers le chemin, il me fallut la suivre... Plus loin, à l'abri de toute indiscrétion, elle repris sa forme de jeune fille frêle et gracieuse, me fit entrer dans un panier, et repris le chemin de Tralee... Nous passâmes le reste de la nuit dans une grange, Maureen refusa de me libérer, mais s'en fut discrètement dès qu'elle me crut endormi... S'étant de nouveau transformée en fée, je ne doutai pas qu'elle allait s'occuper de Margaret !.. comme à Cork, elle rentra visiblement fatiguée comme si elle avait longtemps lutté contre des vents contraires et violents... Je l'interrogeai encore et encore, sur Margaret, au point de l'irriter...

-Il faudra bien que je sache un jour ce que j'affronte à ton service ! maugréai-je quand elle me rendit mon apparence normale.
-Ne cesseras-tu jamais Goulven de vouloir toujours tout savoir ?.. Il est des secrets que seules les fées doivent partager... Ne peux-tu le comprendre ?...
-Et toi ne peux-tu comprendre comme c'est frustrant ?! Je ne feignais plus la colère, j'étais en colère (une colère comme je n'en avais jamais connu). C'était une émotion nouvelle et désagréable.
-Je ne peux rien te promettre, mais je te jure que si un jour tu as le droit de savoir, alors tu sauras.

Maureen vit bien que cette demi promesse m'avait amadoué malgré mes efforts de paraître encore renfrogné...

-Parlons plutôt de ton expérience, Qu'as-tu appris des chats ?..
- Je ne suis pas près de comprendre pourquoi tu as choisi pareil modèle pour moi (je ne décolérais pas), c'est un animal égo´ste, fier et... coléreux.
- Tu vois ces qualité comme des défauts, je le sens, pourtant tu te trompes : la fierté permet parfois de convaincre, de partager ce que l'on a de plus noble, n'es-tu pas fier de ta générosité naturelle ?... égo´ste le chat ?... T'ont-ils refusé de partager leur nourriture ?
- Parlons-en ! J'ai été obligé de manger de la viande !.. C'est une expérience très désagréable... Je me demande pourquoi les hommes en sont si friands...
-Il existe des hommes qui n'en mangent pas, dans des contrées lointaines, mais pour la plupart, les hommes y ont été contraints pour survivre Goulven...
-Et toi Maureen ?.. Ne te prend-tu pas de dégoût devant la chair ?!.. Mangerais-tu un chat ?.. Un lutin ?..
-En voilà des curieuses questions !.. D'où te viennent-elles ?.. As-tu jamais entendu parler d'irlandais ou de bretons mangeant des chats ?.. Quant à manger des lutins !.. Des être si proches des hommes qu'on ne les différentie que par leur taille... Et leurs oreilles Hi hi hi !
-Je suis sérieux Mölinn, les gnomes de Dingle m'ont parlé de fées maltraitant leurs lutins, les obligeant à des actions que nous réprouvons...
-Voilà donc le fin mot de l'affaire !... Les gnomes de Dingle m'ont parlé !... Ah vraiment Goulven devras-tu toujours prêter une oreille complaisante à ces sots ?...
-Je ne supporte plus ton mépris pour mes frères !..
-Tes frères ?.. Les Tublinn qui t'ont traîné au Tribunal des querelles ?.. Allons donc !.. (Mölinn s'arrêta, se rendant compte que nous risquions nous disputer encore.)Tout ce que je peux dire c'est qu'il y a deux sortes de fées, celles de la lumière et de la vie, et les méchantes celles qui ont choisi de servir l'ombre et la mort, comme Mag. Il est vrai que le lutin qui serait capturé par une de ces magiciennes serait bien malheureux !..

Voulant moi aussi apaiser la querelle, je n'insistai pas... J'espérais qu'un jour Mölinn consentirait à m'expliquer d'où venaient les craintes de mes semblables face aux fées.

- Mais... cette colère ? ...heureusement je la sens m'abandonner, voudras-tu aussi me faire croire qu'elle peut m'être utile ?
- La colère est dangereuse s'y tu t'y abandonnes totalement, c'est vrai. Mais elle peut décupler tes forces, et cela est très important : incapable de colère, tu resterais vulnérable et faible, tâche d'y réfléchir...

Je réfléchis longuement à ce paradoxe. Puis, complètement calmé, je repensai à mon aventure :

-Mais... Margaret... Je pense qu'elle a deviné que je n'étais pas un vrai chat dans sa crise de démence... S'en souvient-elle toujours ?...
-Oui peut-être, quoique je puisse t'assurer qu'à ce moment là, le petit lutin apeuré était blotti si loin dans l'esprit du chat qu'elle n'a pas pu t'y voir.. De plus Margaret n'est pas une magicienne, ni bonne ni mauvaise.


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