La lettre volée !

Maureen prétexta une emplette à faire chez le bonnetier pour m'emmener à Killarney, elle tenait que Mölinn montre aux gnomes de Dingle toute la confiance qu'elle me témoignait.

-Après tout, me dit-elle en chemin, ce sont eux les plaignants !
- Je n'arrive toujours pas à comprendre de quoi ils se plaignent et pourquoi!

Elle ne répondit pas... Nous en avions déjà parlé, elle les trouvait tellement peureux que la moindre parcelle d'inconnu dans leur petit univers semait aussitôt la panique!

- Crois-tu que des lutins seront venus du Donegal ? J'étais un peu nerveux à cette idée.
- J'en doute, ce n'est pas l'usage, et ils sont très scrupuleux des us et coutumes tu le sais ! Par contre tous les gnomes du Kerry seront là.
- Cela fait deux semaines que je n'ai aucune nouvelle de là-bas... je me languis de mon amoureuse! Peut-être son père lui interdit-il de me visiter ? Peut-être ne m'aime t-elle plus ?!
- Comment peux-tu dire ça ! N'as-tu pas entendu le vœu d'Anna ? N'as-tu pas confiance en mes pouvoirs ?
se récria-t-elle feignant l'indignation.
-Euh ... non bien sûr, mais...
- Alors courage !

Quand nous fûmes en vue du manoir de Killarney, elle fit arrêter la malle poste, puis nous continuâmes à pied. Le soir tombait déjà, Maureen s'était transformée, et le halo de la fée dansait dans les bosquets en approchant du manoir.
Lord Killarney, la physionomie toujours aussi jovial nous attendait sur son perron.

- Hello Goulven, Hello Mölinn ! Je vous espérais plus tôt, nous aurions pu boire le thé.
- Bonjour, j'espérai vous revoir en d'autres circonstances, répondis-je. Vous connaissez-vous ? ajoutai-je me tournant vers Mölinn.
- Pas vraiment, bonjour Lord Killarney. (Mölinn semblait très impressionnée, comme s'il s'était agi du Prince de Galle en personne !) Ses ailes frémissaient, se parant de couleurs toujours changeantes.
- Bonjour Mölinn, tu es resplendissante ! Entrez, entrez les enfants !
- Où sont les gnomes ?
(Je trouvai la vielle demeure étrange, sans sa foule habituelle de lutins s'affairant en un plaisant désordre.)
- Aucun n'a voulu t'accueillir ! Ils ont la mémoire courte ! Mais nous la leur ferons revenir... (Lord Killarney ne semblait pas inquiet.)
- La partie sera serrée, mais tu nous as déjà montré ta valeur et ta droiture, conclu-t-il en me prenant sur son énorme bras.
- Je vais attendre ici, nous lança la fée.

J'étais assez triste pour elle : si je perdais devant les gnomes d'Irlande, elle serait ensuite confrontée à la colère de l'assemblée des fées, et, plus grave, le dernier vœu d'Anna ne se réaliserait pas ce qui impliquerait qu'elle se verrait retirer par ses pairs le droit d'exaucer les vœux !
Au contraire si elle pouvait se présenter à l'assemblée en annonçant que les gnomes d'Irlande m'acceptaient tel que je suis !!..

Killarney monta au premier, nous entrâmes dans un vaste salon déjà éclairé de nombreuses lampes. La foule des lutins de Killarney, Dingle et de tout le Kerry était rassemblée là, leur petite taille rendait encore plus démesurée l'immense salon victorien lambrissé jusqu'au plafond.
Mes juges étaient tout au fond de la salle, au nombre de cinq, tous vénérables gnomes, pompeusement habillés comme les juges des hommes, ce qui, normalement, aurait dû me donner envi de rire. Je reconnus parmi eux ce bon gnome qui m'avait accueilli puis aidé à mon arrivée ici venant de Bantry, et qui ressemblait tant à Lord Killarney qu'on en aurait dit le portrait en céramique ! Cela me rassura. (Sûrement prendrait-il mon parti !)

Sur la gauche les gnomes et les lutins qui venaient simplement assister aux débats. On avait aménagé pour eux des gradins sur cinq rangées!.. Je n'avais jamais vu, autant de mes semblables rassemblés !.. Peut-être étaient-ils plus de cent !
Je remarquais le jeune gnome qui m'avait aidé à tromper Mag la sorcière en partant vers Dublin mes habits sur le dos, il m'adressa un petit salut discret ; ainsi que les petites mamans qui avaient pris soin de moi lorsque je croyais avoir croisé l'Ankou! Leurs mines attendries et compatissantes montraient bien leur incompréhension de la situation. Lord Killarney me glissa à l'oreille :

- Ce sont eux les vrais juges : les anciens risquent suivre la rumeur!..

A droite, plutôt nerveux, se tenaient les plaignants : Quatre gnomes de Dingle que je connaissais surtout pour leur avoir fait des farces !
C'était quatre frères, tous vieux garçons, d'âge mûr, au moins cent ans. D'ordinaire, leurs visages auraient respiré la bonhomie, et leurs yeux auraient été rieurs. Leurs silhouettes replètes et leurs ventres ronds auraient inspiré l'allégresse et la joie de vivre.
Mais aujourd'hui, ils semblaient durs et hargneux, ils ne ressemblaient plus aux gnomes que par la taille, pour ce qui est de leur humeur, j'avais plutôt l'impression d'avoir dévisagé des trolls de Scandinavie !

Lord Killarney s'installa au milieu de la salle à une table. Il me convia à m'asseoir du côté opposé aux anciens seul, sur une petite chaise.
Puis il ouvrit la séance :

- Bien... mes amis, nous sommes ici pour régler une querelle entre les frères Tublinn ici présent (qui n'en sont pas à leur première mauvaise querelle) un murmure approbateur et quelques rires fusèrent de l'assemblée. Allons du calme s'il vous plaît. Entre les frères Tublinn, donc, et... Goulven, ce lutin de jardin qui nous a été envoyé par le Grand Marc de Bretagne en personne dont j'ai ici l'inestimable témoignage.

Tom, un des frères se leva pour protester, mais un grondement face à lui l'encouragea à laisser Lord Killarney finir les présentations, et il se rassit sans un mot!..
Moi-même je ne m'attendai pas à ce qu'il présente les choses si partialement !

- Les faits !!.. repris Killarney solennel.
- Tout d'abord tels qu'ils m'ont été exposés par les requérants : Goulven, prétendent-ils parle aux souris !..

Un murmure désapprobateur parcouru l'assemblée.

Non seulement il leur parle mais parlerait dans leur langage, et se ferait comprendre d'elles de même qu'il les comprend!..

Je vis nettement mes juges ébranlés par cette nouvelle, et mes petites mamans n'osaient plus me sourire !

- Ils prétendent que c'est là sorcellerie, et demandent que Goulven soit renvoyé chez lui!..

Des hochements de têtes accompagnèrent cette dernière phrase !.. Je n'arrivais pas à comprendre comment réagissaient ces gnomes !.. Etaient-ils tels des girouettes au sommet d'un toit ? !

- EXACTEMENT ! cria Ted, l'aîné des Tublinn en se levant.
- Taisez-vous Ted ! ordonna Killarney. Vous parlerez à votre tour !

- Maintenant voyons les faits tels qu'exposés par la défense!.. continua calmement Lord Killarney.

Un silence de cathédrale se fit dans l'immense salle!..

- Voici !... (Il brandissait une lettre.) Voici le témoignage de la Fée Mölinn de Dingle qui est actuellement la maîtresse de Goulven, je vais faire un commentaire avant cette lecture, dit-il en pesant chaque mot. Vous comprendrez que rien, rien de ce qui va être dit ici ne doit filtrer de cette assemblée, c'est moi, Lord Killarney, qui m'en suis porté garant devant Mölinn, et je punirai sévèrement quiconque trahirait ma parole !

Chacun regarda ses voisins comme s'il essayait d'y deviner un traître... L'atmosphère devint tendue, et Ted et ses frères semblaient déjà regretter d'être venus...
Lord Killarney commença sa lecture :

- Moi Mölinn, Fée de Dingle, ai engagé à mon service le lutin Goulven, en remerciement de l'immense service qu'il venait de rendre à toutes les communautés d'Irlande en les débarrassant de l'abominable sorcière Mag, qui les terrorisait : elfes, fées, humains, animaux et vous aussi gnomes ou lutins, en lançant ses hordes de rats !

Killarney s'interrompit, prenant un malin plaisir à ménager son auditoire...

- Ce n'est pas de ça que nous voulons discuter !

Ted s'était une nouvelle fois emporté, mais cette fois l'assemblée le conspua et Killarney lui intima l'ordre de rester assis et silencieux.

- ...Sinon nous terminerons cette séance sans vous Ted ! ...Je reprends donc l'exposé des faits tels que rapportés par la bonne fée Mölinn (Killarney avait lourdement accentué bonne fée.) :
- Goulven, dès lors à mon service a été envoyé par moi, métamorphosé en souris pour une mission particulièrement périlleuse, et dont le succès intéresse toutes les âmes de l'île. Je ne peux, sans mettre en péril la vie de Goulven, mais aussi vos vies vous révéler contre quel sorcier il a lutté. Mais sachez que s'il n'avait eu QUE l'apparence d'une souris, si je ne l'avais pas réellement transformé en souris, lui imposant d'horribles souffrances, il n'aurait pu mener à bien la mission, qui nous a sauvés d'un retour de Mag...

Je tressaillis en entendant ces mots !! (Ainsi c'était donc là le sort réservé à la pauvre Janet ? Devenir l'hôte de l'âme noire de Mag la sorcière !!)
Un frisson perceptible parcouru l'assemblé... Killarney s'était tu lui aussi pour permettre à chacun de bien peser l'importance de cette révélation.

- Je vais finir de lire la déclaration de la fée :
- Goulven, a risqué deux fois sa vie pour nous sauver de Mag, mais de sa dernière aventure lui est resté, pour une raison inconnue, la faculté de parler et de comprendre le peuple des souris et des rats! Cela le rend-il différent de vous ? Oui, il est différent de vous, mais ne l'était-il pas déjà avant ? : contrairement à vous, il n'entend rien au chant des alouettes, ne parle pas gaélique, il était déjà de vous tous le plus courageux, peut-être le plus rusé, il n'était nullement besoin pour lui de parler aux souris pour être différent de vous... Réfléchissez, chacun de vous n'est-il pas différent des autres ? Chacun de vous ne mérite-t-il pas d'être tenu pour un individu unique ?

Lord Killarney suspendit alors la séance. Je courus retrouver Mölinn au rez-de-chaussée pour l'embrasser ! D'en bas le brouhaha perceptible ressemblait déjà à un triomphe !

- Remonte vite , me dit Mölinn, il ne faut pas les faire attendre. Les gnomes sont si versatiles!

La séance reprit par la requête des Tublinn :

- Certes, Goulven nous a rendu service, et nous l'en remercions!.. bredouilla Ted.
- En voulant le chasser ?! cria une voix dans le public.
- Silence !... laissez le... remercier Goulven, coupa Killarney avec une pointe d'ironie dans la voix. Ted reprit :
- Mais notre honorable communauté peut-elle tolérer parmi ses membres quelqu'un qui parle aux souris ? Qui a été une souris. Qui l'est peut-être encore à moitié ?

Une fois encore les gnomes, tels des girouettes dociles se tournaient vers les arguments fielleux de Ted qui poursuivit, prenant de l'assurance :

- Nous ignorions d'où Goulven détenait son étrange pouvoir, nous le savons maintenant, et nous savons aussi qu'il restera un an au service de la fée!.. Que se passera-t-il si elle veut encore le métamorphoser ?!.. En renard par exemple ?!..

Les gnomes et autres lutins ont une peur irrépressible des renards, Ted venait de mettre tout le monde dans sa poche !

- Que se passera-t-il si elle décide d'en faire un serpent ?...

Un grondement effrayant montait sous les hauts lambris! La forêt de bonnets pointus s'agita de vagues comme les épis d'un champ de blé sous une bourrasque soudaine.
Moi-même je ne doutai pas que Mölinn pourrait exiger de moi d'autres métamorphoses, mais je n'avais pas imaginé de si horribles modèles... d'autant que je ne saurais rien lui refuser !

- Héritera-t-il à chaque fois de nouveaux pouvoirs magiques ? tonna Ted.

Libéré il se révélait un redoutable orateur. Je vis le visage de Lord Killarney, lui-même, s'assombrir. Je cherchai vainement dans l'assemblée un soutien... Un regard ! Seul le jeune gnome qui avait entraîné Mag sur la route de Dublin m'adressa un signe d'encouragement d'un poing rageur !

- Et savez-vous pourquoi il est venu chez nous ?... conclu triomphalement Ted Tublinn. Le savez-vous ?... Il entend épouser une de nos filles ! Léguera-t-il à sa descendance, à nos descendants ses pouvoirs magiques ?...

Plusieurs petites mamans me regardèrent avec effroi...

- Pour ma part je dis non, et je demande qu'il soit renvoyé d'où il vient !

Jetant un regard satisfait sur les dizaines de visages stupéfaits en face de lui, Ted se rassit en souriant.

J'étais outré : je n'avais donné la raison de mon voyage qu'à Sam, le chien de Bantry Bay, Mölinn bien sûr et au Roi des rats ! Je demandai à prendre aussitôt la parole sur ce point, Lord Killarney m'invita à répondre.

- Bonjour à vous tous, ceux que j'ai déjà eu l'honneur de croiser, et tous les autres... dis-je pour retrouver un peu de paix intérieur. Je souhaite que Ted Tublinn explique comment il connaît le but de mon voyage, alors que seuls trois en Irlande le connaissent : Le chien Sam qui accompagne Finbar le Jolly Tinker, la fée Mölinn et le roi des rats. J'ignore les coutumes de votre beau pays, mais je sais qu'il est très mal d'espionner ses semblables... Si je tenais à ce que le terme de mon voyage reste secret, c'est pour ne pas mettre en péril celle qui m'a appelé auprès d'elle. Car, sachez-le, je ne viens pas ici en voleur mais parce qu'une de vos filles m'y a appelé en songe...

Je marquai une pose pour réprimer ma colère. Je vis que tous s'indignaient de l'indélicatesse des Tublinn. Des chuchotements où l'on pouvait deviner des mots '... Donegal ... princesse ... gnome des chênes' couraient dans les gradins.

- Si je suis parmi vous ce soir, Ted a raison, c'est bien pour y trouver l'amour, et non la haine et la suspicion... Et c'est parce qu'une lutine m'a invité à la rejoindre... L'usage ne permet pas qu'elle se soit jointe à nous pour le confirmer, aussi j'espère que ma franchise suffira pour vous en convaincre.

J'allai me rasseoir. Tous les regards étaient désormais tournés vers les quatre frères. Comment avaient-ils deviné mon secret ?
C'est Lord Killarney qui posa lui-même la question :

- Et bien ? Ted Tublinn, tu viens de faire révélation d'un fait que tu n'aurais pas dû connaître. As-tu espionné Goulven ou la fée Mölinn ? Explique à l'assemblée par quelle indiscrétion tu as appris ce que tu viens dire, sans même t'inquiéter du tort que tu fais à Goulven en trahissant son secret !

Je ne lui avais jamais connu une voix si sévère... Ted se leva de nouveau, fort embarrassé.

- C'est une sterne!.. épuisée que j'ai trouvée sur la côte... elle portait une lettre...

Il ne put finir sa phrase car dès lors il dut affronter la fureur de la foule des lutins ! Lord Killarney ne pouvant ramener le calme, suspendit encore la séance...
Je courus raconter à Mölinn ce que Ted venait de faire .

- Il faut exiger la lettre ! C'est inadmissible ! C'est sûrement une lettre de ta lutine ! Va vite le demander à Killarney.

Suivant son conseil je remontai, le calme revenait peu à peu, je courus parler à Lord Killarney.

- Mesdames ! Messieurs... Lutines et lutins du comté de Kerry... s'il vous plaît...

le silence se fit enfin.

- En révélant un fait ignoré de tous, le secret intime d'un de ses semblables, Ted et ses frères ont trahi la confiance que nous pouvions placer en eux ! En confisquant une lettre qui ne leur était pas destinée, ils ont commis une faute grave, pour laquelle Goulven sera autorisé à leur chercher querelle à son tour !..

Il marqua une pose, pour mesurer l'impact de ce qu'il venait de décréter. Les bonnets s'agitaient de bas en haut, on aurait dit une danse de bonnets enchantés !... Les Quatre frères Tublinn se tassaient autant que possible sur leurs chaises, et ressemblaient à de vielles pommes ratatinées et cramoisie oubliées sur les claies depuis un hiver entier...

- Mais poursuivons notre affaire, reprit Killarney. Ted, vous devez, pour soutenir votre requête nous fournir cette lettre... Donnez-la à son destinataire, qui seul décidera d'en divulguer, ou non, le contenu...

Ted regarda ses frères, désemparé...

- Ne nous dites pas que vous ne l'avez plus, je connais trop les gnomes querelleurs de votre espèce pour savoir l'importance que vous y attachez sans doute.

Penaud, Ted se leva, sorti de son pourpoint brodé un petit tube qu'il m'apporta en ôtant son chapeau et en bredouillant des excuses incompréhensibles.
Incrédule, je regardai l'assemblée, puis Lord Killarney.

- Tu peux la lire, elle est à toi, me dit-il doucement.

Mon émotion était trop forte ! Des larmes me montaient aux yeux, je dévissai le petit bouchon du tube de buis, et en tirai une minuscule feuille de papier vert tendre!.. Je lus silencieusement, puis remis avec soins la lettre dans son tube, et regardai l'assemblée suspendue à mes lèvres !..

- C'est bien une lettre de ma lutine. (J'étais tellement ému que je ne voulus rien dire de plus.)
- Bien pouvons-nous dès lors passer aux questions ?!.. proposa Killarney.
- Goulven, c'est l'usage, tu dois répondre sans détours aux questions des anciens. Messieurs à vous ! dit-il se tournant vers les juges qui n'avaient rien dit jusque là.

Ils se consultèrent à voix basse. Puis le gnome en qui j'avais confiance se leva.

- Goulven, l'usage veut que ce soit toi qui soit tenu de répondre aux questions. Cependant aujourd'hui, c'est plutôt aux fauteurs de querelles que j'aimerais pouvoir demander des comptes.

Tous les gnomes approuvèrent en hochant énergiquement le bonnet...

- Goulven, une question : Quelle est la première requête que tu as présentée à la bonne fée Mölinn ?
- Je lui ai demandé de préserver un jeune humain des infortunes de mer.
- Pourtant tu avais en tête une requête autrement plus impérieuse, il y allait de ta vie n'est-ce pas ?
- Oui, et c'est pour pouvoir faire un deuxième vœu que j'ai accepté d'entrer à son service.
- Et quel était ce deuxième vœu ?
- J'ai fais en sorte que la Sorcière Mag et le Roi des rats échangent leur place.
- As-tu risqué ta vie pour cela ?
- Oui.
répondis-je en rougissant.
- Maintenant dis-nous : pourquoi la sorcière te poursuivait-elle ?
- Je me suis fait passer pour le Roi des rats, pour jouer un tour à un humain.
- Sans raison ? Par jeu ? A peine débarqué à Bantry ?
- Non, il était urgent de sauver un cheval d'un empoisonnement.
- Donc, si je ne me trompe... Car ensuite, c'est au service d'une fée que tu as fais ce qui t'a été ordonné, à aucun moment tu n'as agi pour ton seul intérêt ?

Je hochai la tête sans un mot, il se tourna vers les autres sages, qui firent des signes d'approbation.

- Il n'est donc pas utile d'aller plus loin dans cette querelle : Goulven tu es désormais libre au sein de notre communauté, et la nouvelle en sera répandue par les voies habituelles, sauf bien sûr ce qui relève du secret demandé par Mölinn, je vous le rappelle, notre sécurité à tous en dépend.

Une ovation accueillit ces paroles, les quatre frères rouges de confusions furent l'objet de quolibets et voulurent disparaître rapidement...

- Holà messieurs !.

La voix tonitruante de Killarney les figea sur place. Où donc courrez-vous ? Rester encore un peu car nous aurons peut-être encore besoin de vous...
Un silence glacial se fit autour des malheureux...

- Goulven, veux-tu demander raison aux frères Tublinn ?!.. Veux-tu que le Tribunal de Querelles siège à l'instant ?.. demanda solennellement le géant débonnaire, dominant la foule des gnomes comme une montagne bien qu'il soit resté assis.

J'avais déjà oublié cette possibilité, tout à la joie et aux félicitations de la foule de gnomes qui me pressait. Je me tournai vers les quatre gnomes qui n'en menaient pas large.

- Je pense qu'ils n'ont agi que par crainte... Je souhaite simplement qu'ils ne soient jamais à leur tour les victimes de la bêtise, et leur pardonne volontiers...

Des applaudissements saluèrent mon indulgence. Mais, un doute me traversa l'esprit, je levai le bras pour réclamer le silence :

- Une question tout de même... Ted, toi qui as trouvé ma lettre, y as-tu répondu à ma place ?
- C'est que ... non... nous ne savons ni lire ni écrire !
se défendit-il.
-Mais alors ?... Comment as-tu deviné la nature de la lettre ?!
Il baissa les yeux confus :
- A cause de la beauté de l'écriture, du sceau... et... du parfum ! Quelques rires ponctuèrent son aveu...

Il sortit un minuscule flacon de sa poche. Je restai stupéfait, ressortis le petit tube de ma poche et regardai le sceau gravé finement sur le couvercle, il était en effet très explicite, fait de deux cœurs entrelacés ! Ted Tublinn me tendit le flacon.

- Je ne l'ai pas ouvert.
- Mais tu l'as flairé !
dis-je d'un ton de reproche en éclatant de rire, imité rapidement par toute l'assemblée...

Fin du premier volume


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