Le rêve du hibou.

Je me réveillai en sursaut !.. Couvert de sueur, complètement hagard et en larmes...
Il me fallut de longues minutes pour revenir à la douce réalité de ma douillette maison de poupée ... Rien de surprenant à cela quand me revinrent en mémoire les détails de cet horrible cauchemar... Même parfaitement éveillé, j'avais une appréhension avant de retourner en souvenir dans le lieu sordide où mon imagination venait de me porter !..
Mais était-ce bien le fruit de mon imaginaire ?.. Ce lieu n'existait-il pas vraiment ?.. Avec ses cachots glacés et humides, ses cages de fer et tous ces instruments de torture que l'esprit d'un lutin ne saurait concevoir ? !

Oui ça me revenait, et plus je m'approchais de la vérité, plus précises se faisaient les images, plus je craignais cette vérité... Comme si j'avais été près d'ouvrir les yeux sachant pertinemment que j'étais face au soleil les paupières closes... L'effroyable vérité risquait-elle de m'aveugler ?..

Sans doute avais-je crié, car j'entendis au-dessous de moi Grand-Père s'inquiéter de la santé de Maureen. Puis quand il fut reparti se coucher, j'entendis Maureen grimper discrètement l'échelle de meunier...

- Que se passe-t-il Goulven ?.. J'ai dû faire un pieu mensonge à Grand-père qui va s'inquiéter désormais pour moi...
- J'ai fait un cauchemar... Ce qui est étrange c'est que je crois avoir déjà fait ce rêve... Mais je n'étais pas un lutin !.. Quand donc ?.. Pourquoi l'ai-je oublié ?..

Maureen ne répondit rien, me laissant remettre mes idées en place...

- Je crois que c'est une sorte de prémonition : ce que j'ai vu est réel, et je le reverrai bientôt !..

Maureen me regarda pensive, ne doutant pas un instant de mes dires, nous avions désormais une telle complicité...

- Raconte-moi, sans rien omettre...
- J'entre dans une sorte de château improbable : entièrement fait de pierres entassées sans ciment, comme les murets du comté de Clare !.. Il est énorme, et froid, même son toit est fait de pierres amoncelées suspendues au-dessus de ma tête comme par miracle... Je viens d'entrer par une petite meurtrière, ou plutôt un interstice entre les pierres. Une voix... Non une pensée me guide et m'appelle à son secours... Il fait complètement nuit mais j'y vois très bien, dehors il pleut, et de l'eau ruisselle sur les voûtes de roches noires... La voix se fait plus proche, plus implorante, plus anxieuse... La peur me gagne, je m'ébouriffe et m'élance silencieusement en avant...

Disant cela je me rends compte que c'est le rêve d'un oiseau que je suis en train de raconter !

- C'est le cauchemar du hibou que je viens de refaire !
- Le cauchemar du hibou ?.. Tu ne m'as jamais parlé de cela après ta métamorphose en hibou... Tu m'as juste dis en avoir gardé la vision nocturne incomparable et le pouvoir d'hypnose!
- J'en avais oublié les détails, mais aujourd'hui tout me revient !
- Étrange... Cette voix qui t'appelle est peut être celle d'un autre oiseau alors ?
- Je ne sais pas... Un boyau souterrain... De droite et de gauche, deux cachots se font face, tous deux fermés de grilles trop larges pour m'empêcher de passer... Je m'engage vers la gauche, suivant mon instinct, ce que j'y vois est épouvantable, mais n'effraie pas l'oiseau que je suis : mon esprit est ainsi écartelé entre la vision froide du hibou et la terreur du lutin !.. Il y a dans un coin une cage de fer, suspendue au plafond... Une forme immobile y est recroquevillée... De l'autre côté, crucifiée sur un horrible appareil de métal , les pattes attachées au pied de la croix, les ailes ouvertes, mais repliées sur les branches, dans une posture qui semble impossible sans avoir brisé les membres, un masque de cuir lui bâillonnant la bouche, la malheureuse harpie qui m'a épargné lorsque j'étais un mouton !..
- Est-ce bien la même ?..
- Oui j'en suis sûr, je reconnais ses yeux inoubliables... J'avais raison la première fois que je l'ai vue : c'est bien le corps d'une humaine, dont les bras auraient été changés en ailes et les jambes en pattes d'aigle à partir des genoux...... Malgré la brutalité de son supplice qui lui déforme le visage et le corps elle me supplie de la libérer en pensée... Elle souffre... Ses liens ne sont pas de cuir... On dirait plutôt les frondes d'une plante monstrueuse... Je ne peux rien faire !.. Pas même pleurer, les oiseaux ne pleurent pas !..

Des larmes perlent à présent sur mes joues...

- Continue Goulven...
- Je me suis réveillé, en sueur et en larmes...

Maureen resta perplexe :

- Cette créature n'est pas une harpie, à mon avis le hibou en aurait été complètement affolé !.. Es-tu bien sûr que tu étais un oiseau pendant ce rêve ?... n'as-tu aucun souvenir de ce château, à l'extérieur, avant de t'y poser ?..
- Non, je... Je n'ai pas l'impression d'y être arrivé en volant...
- Veux-tu dire que je t'y accompagnais ?..
- Non... Attends... J'y suis parvenu en me cachant dans un incroyable enchevêtrement de pierres de toutes tailles, des pierres gigantesques, anguleuses et tranchantes... Je me cache parce que de nombreuses corneilles tournoient au-dessus du chaos minéral. J'ai l'impression d'être dans une ville pétrifiée, mais non, ce sont bien des rochers et des pierres... Le château est protégé de plusieurs murailles immenses, impénétrables, je doute que ce soit œuvre humaine, tant les blocs semblent titanesques !..
- A moins que ce ne fût toi qui étais alors tout petit, quand tu t'approchais du château...

Maureen réfléchissait à haute voix...

- Mais oui !.. Tu as raison !.. J'étais une souris, je m'en souviens parfaitement, je me faufilais sans difficulté entre les pierres, mais je devais prendre garde aux corneilles !...
- C'est troublant, le lieu que tu viens de décrire, ramené à ses justes proportions, serait une de ces places fortes datant de la préhistoire des hommes, à une époque où les gnomes n'avaient nul besoin de se cacher, mais où les premiers humains eux devaient se protéger des dragons dans ces citadelles... Il y en a plusieurs sur les îles d'Aran : Dún Aonghasa est la plus grande, mais aussi la moins secrète, ce n'est donc pas celle-la... Peut-être est-ce plutôt Dún Eoghanachta que tu as visité en songe ?... Mais non! Il faudrait que Mag se soit échappée !.. A moins que sur l'îlot ou Mag reste prisonnière il y en ait un autre ?...
- Mag ?!.. Ce serait son repaire ?... Je vais y aller pour délivrer la jeune fille ?... ma voix était anxieuse et tendue.
- Pourquoi es-tu si sûr d'aller là-bas ?.. Ce n'est qu'un rêve !... Une vision tout au plus...
- Ignores-tu que nous autres lutins faisons des rêves prémonitoires ?..
- Et comment expliques-tu que pendant une partie de ton rêve tu sois une souris et l'autre un hibou ?...
- Peut-être m'accompagnes-tu mais ne puis-je te voir ?..
- Peut-être y es-tu allé deux fois ?...
- Peut-être...

Je décidai de me confier aussi à ma chère lutine. Trois jours passèrent avant que j'en reçoive une réponse...
Depuis, je n'avais pas osé dire à Maureen que ce rêve me revenait souvent, à chaque fois plus précis, à chaque fois plus oppressant... Avançant toujours plus loin dans la forteresse de Mag, plus loin vers l'aboutissement que mon esprit redoutait ou refusait d'admettre...
Je ne voulais pas l'inquiéter davantage... Cependant elle m'avait apporté beaucoup en en parlant avec moi. Ainsi ce n'était pas un lieu imaginaire !.. Ainsi ce n'était pas une harpie, mais la malheureuse victime d'un sortilège de Mag qui souffrait en silence sous la pierre !..

Mais quelle était l'autre créature enfermée dans une cage de fer ?...
Combien de temps devrai-je attendre avant de franchir ces murailles formidables ?..
N'en savions-nous pas assez pour aller, Mölinn et moi, délivrer la prisonnière ?..
Comme souvent, j'étais sur le muret, au bout du potager, repensant à tout ça en regardant le soleil fondre sur l'horizon, et, noyé dans mes pensées, je n'entendis même pas Grand-mère s'approcher pour cueillir une salade... Jamais elle n'avait eu de salades aussi tôt dans l'année que depuis qu'elle hébergeait sans le savoir un lutin de jardin dans son grenier.
Profondément plongé dans mes réflexions anxieuses, sans ma vigilance habituelle, son cri qui me fit sursauter !

- Maureen ! MAUREEN ! Viens vite ! Il y a un gnome dans le jardin !.. C'est incroyable !.. Vite ! Oh ! Il a déjà disparu !..

Maureen arriva en courant, et essaya de minimiser l'évènement :

- Vraiment Grand-mère ?.. Comment peux-tu croire à ces fariboles enfantines ?!

Elle savait parfaitement où j'avais coutume de m'installer, à un endroit que l'on ne pouvait voir de la maison. En se penchant sur le muret, elle eut la surprise d'y trouver mon minuscule bonnet, des chausses, et le reste de mes habits... prestement elle en travestit un galet :

- Hi hi hi ! Grand-mère ! N'est-ce pas cela que tu as vu ?... Elle exhibait le petit galet maladroitement déguisé.
- Je l'avais posé sur le mur ! ajouta-t-elle sans laisser le temps à Grand-mère de réfléchir.
- Mais.. Je l'ai vu bouger !
- Tu as rêvé Grand-mère, voilà tout ! Hi hi hi!

Grand-mère repartit en ronchonnant vers la maison, Maureen continua de forcer son rire, comme si c'était elle qui venait de faire cette farce !.. Puis quand la porte de la cuisine se fut refermée elle m'appela doucement :

- Goulven... Elle est partie, tu peux venir reprendre tes habits !..

Je sortis d'entre deux grosses pierres, nu comme un ver.

- Mais quelle mouche t'a piqué ?! Pourquoi t'es-tu déshabillé ?.. C'était une idée sublime mais tu aurais tout de même pu garder ta culotte !..

Je me rhabillais sans rien dire, rougissant un peu...

- Je ne me suis pas déshabillé...
- Comment ?.. Veux-tu dire que...
- Oui !..

Ce fut au tour de Maureen de pousser un cri de stupéfaction !

- Maureen ?! Que se passe-t-il ?..

C'était la voix de Grand-mère, elle venait d'ouvrir la porte et tendait le cou comme quand autrefois elle scrutait l'horizon en espérant le retour du navire de son mari...

- Ce n'est rien Grand-mère, un souriceau qui m'a fait peur !

Abasourdie Maureen s'assit près de moi...

- Mais c'est impossible !.. Depuis quand ?.. Depuis quand sais-tu faire ça ?.. Pourquoi ne m'en avoir rien dit !

Je sentais l'indignation monter chez ma maîtresse, et je craignais soudain sa colère...

- Ce n'est pas de ma faute !.. J'ai eu peur voilà tout, c'est un réflexe je n'ai pas fait exprès, je te le jure !
- Et c'est la première fois ?.. Ne m'as-tu rien caché ? Son ton n'incitait à aucune fantaisie.
- Je ne sais pas : rappelle-toi, quant à Dublin, je me suis sauvé dans la ruelle alors que j'étais un beagle... Il n'y avait qu'un trou de souris au fond de l'impasse... Mais je m'étais retrouvé sans savoir comment assommé de l'autre côté d'un mur !.. Je croyais que la peur m'avait permis la prouesse de sauter par-dessus !..
Et quand le mouton a croisé le regard de la harpie dans les prairies de Malbay... Peut-être... Peut-être ai-je fait le même tour ?...

J'étais maintenant plus effrayé que Maureen elle-même...

- Que m'arrive-t-il Maureen ?..

Elle resta silencieuse un long moment. Nous commencions à retrouver notre calme l'un et l'autre, le soleil venait de toucher l'eau...

- Reparle-moi de ton rêve... Le rêve du hibou !
- Je l'ai refait encore la nuit dernière, j'ai écris à ma lutine pour qu'elle interroge Ketty, elles sont persuadées que nous irons là-bas, dans la forteresse de Mag, Ketty pense qu'il s'agit de Dún Chonchúir, Mag a réussi à se rapprocher : elle a réussi à s'échapper de son îlot grâce à son esclave ailée... Elle écrit que le temps presse : Si personne ne parvient à tuer la harpie, Mag reviendra et sa vengeance sera terrible !..
- Je commence à y voir clair... Tu devras aller sur Inishmore pour tuer la harpie...
C'est impossible !.. Je lui dois la vie pensai-je sans laisser s'échapper cette idée...
- Maintenant nous savons pourquoi tu franchis des murailles comme une souris pour t'envoler ensuite comme un oiseau ! reprit Maureen.
- Que veux-tu dire ?..
- Tu iras seul là-bas, ce n'est pas moi qui vais te métamorphoser !.. Sans le savoir, tu es sans doute capable de retrouver toutes les formes que tu as empruntées pendant le cycle !..
- Mais ce n'est arrivé que sous le coup de la peur !
- Il faut que tu essaies... Dès ce soir !
- Mais...
- Dès ce soir ! Le temps presse as-tu dit !..

Son ton était si impérieux que je ne dis plus rien, d'ailleurs que pouvais-je objecter ?...

Nous devions nous retrouver à minuit dans la lande, à l'écart de la maison pour éviter tout risque d'être surpris. Maureen m'avait conseillé de dormir en attendant, mais comment aurais-je pu trouver le sommeil ?.. Sachant que je devrai bientôt tuer une créature qui m'avait épargné !.. Sachant que j'allai devoir tenter de me métamorphoser seul !..
La fée me rejoint à l'heure convenue... Malgré mon habitude, j'étais toujours transporté de la voir chatoyante sous les étoiles. Sa simple vue me renseignait sur son humeur : là elle semblait très calme, et nullement inquiète contrairement à moi !.. Cela suffit à me rassurer un peu...

- Dis-moi Goulven, quand tu t'es changé en souris tout à l'heure, tu m'as bien dit que c'était sous le coup de la peur?... Mais quand tu as repris ton aspect initial, tu ne devais plus avoir peur ?.. Essaies d'y repenser... Je vais te transformer en souris, et tu vas essayer de redevenir toi-même... Prêt ?... Et hop!

Dressé sur mes pattes, équilibré par ma longue queue, je regardais Mölinn sans trop savoir quoi faire... Elle me regardait aussi avec curiosité :

- hé bien ?.. Essaie !..

Je fermai les yeux, tentai de chasser au plus profond de moi la souris, me concentrai intensément...

- Ça ne marche pas ! dis-je désespéré...
- Crois-tu ?... Alors pourquoi viens-tu de me parler ?!
- Incroyable !.. Je n'ai rien ressenti !...
- Ce qui importe c'est comment tu as fait... Raconte.
- Je n'ai rien fait : simplement j'ai pensé à la souris, je l'ai chassé dans un trou caché quelque part en mon esprit...

Disant cela, je m'étais rhabillé...

- Bien recommençons... Et hop!.. Cette fois je veux que tu attendes mon signal, je veux savoir en combien de temps tu peux réagir en cas de...

Mais avant qu'elle ait fini de parler j'étais déjà redevenu moi-même, mes vêtements épars à mes pieds.

- d'accord j'attends... m'entendis-je dire de ma voix de lutin !
- C'est fâcheux si tu n'arrives pas à maîtriser ton apparence... Rhabille-toi...
- Bon, concentre-toi, n'essaie pas de parler... On recommence !... Et hop!

Quelques seconde se passèrent... puis une ou deux minutes pendant lesquelles je m'attachai à oublier le lutin...

- C'est beaucoup mieux ! Bravo... maintenant attend bien mon signal... Maintenant !
- Voilà !.. Oui ?
- Formidable, à la même seconde !...

Pour la troisième fois je dus me rhabiller.

- Maintenant tu dois essayer de rappeler la souris toi-même... Fais-le tant que tu veux, puis nous essaierons tes autres formes !...
- Crois-tu vraiment que je pourrai choisir la forme qu'il me plaira de prendre chaque fois que je le désirerai ?..
- Oui ! Mais oui !.. Essaie !

Pendant dix minutes, j'essayai en vain, j'ignorais complètement où la souris s'était cachée dans mon esprit... Et j'étais plutôt troublé à l'idée que sept autres personnalités se cachaient ainsi en moi !.. Comme toutes semblaient faire une farandole dans ma tête, il m'était impossible d'en invoquer qu'une seule...

- ça va marcher !... Presque !.. Zut raté !.. Mölinn commentait les ébauches de métamorphoses qu'elle semblait deviner en me regardant presque amusée.
- Ah les moustaches !..
- Oh des oreilles d'ânes ! Hi hi hi!
- Mais concentre-toi ! Tes cheveux ont pris la couleur de l'écureuil !..
- bon ça suffit... Reprenons au début !.. Je recommence par te changer en souris... Et hop!..
- Voilà... Maintenant cherche en toi l'écureuil... Il ne devrait pas être si loin ?...

Fermant les yeux il me semblât 'voir' en moi-même... L'écureuil était là, tout près, craintif, je laissai sa crainte et sa curiosité m'envahir... Les yeux toujours clos j'entendis Mölinn applaudir :

- Oui Bravo ! Tu as réussi !..

J'ouvris les yeux, et regardai ma belle queue rousse s'enrouler autour de moi !

- Redeviens lutin !..
- Voilà !.. C'est facile je crois que j'ai compris : il me faut invoquer un trait de caractère de mon hôte, tout simplement... Le visualiser et hop !

Disant cela j'avais fortement pensé à l'obstination de l'âne que j'avais été quelques mois auparavant, et soudainement je regardai Mölinn de toute ma stature : j'étais un bien bel âne !..
Successivement, je pus ensuite enchaîner les métamorphoses, d'âne en chien, de chien en lutin, de lutin en hibou, puis de hibou en souris, en écureuil et enfin en chat !..
J'eus cependant toutes les peines de monde à passer directement de chien en chat, et il me fut impossible de passer directement de souris en chat ou en hibou !...

- J'ai bien trop peur des chats et des rapaces quand je suis une souris...
- Peut-être est-ce vraiment impossible de concilier ceux-là ?... Mölinn avait-elle raison ?...
- Pourtant dans mon rêve... Je vais continuer à m'entraîner... Il me faut maîtriser toutes les peurs animales, sinon je crains de me transformer en âne pour une porte qui claque !...
- Ce serait fâcheux, j'aurais beaucoup de mal à expliquer la présence d'un âne au grenier... Hi hi hi!

Mölinn me laissa la liberté de m'entraîner plusieurs jours à changer de forme, je faisais des progrès sensibles, surtout pour la stabilité d'une forme, mais aussi pour savoir exactement où j'en étais, car au début, je ne savais jamais quand j'étais redevenu moi-même !..
Cependant, un détail me tracassait, il fallait que je trouve un moyen de ne pas perdre mes vêtements en redevenant lutin... Pourtant d'après Mölinn, si je réussissais à me transformer, mais qu'à chaque fois je perdais mes habits, c'était par manque de concentration !..

- Rappelle-toi Goulven, quand tu es 'revenu' de ton corps d'écureuil, tu avais réussi à rester habillé !.. Concentre-toi... Tu as simplement 'oublié' qui tu étais quand tu étais un animal ! Hi hi hi !... Je t'assure que ce n'est pas de ma faute !
- Mais que dois-je faire alors ?
- Je viens de te le dire... Concentre ta pensée pour être vêtu quand le lutin réapparaît...

Au bout de quelques heures d'efforts, à prendre froid, à sans arrêt me rhabiller, je réussis enfin à maîtriser parfaitement ce que Mölinn, m'expliquait, jusque là pour revenir à mon état premier, il suffisait que je pense comme un lutin... Mais pour revenir tout habillé comme j'étais parti, il fallait que je pense au lutin que j'étais... Que je me 'pense' comme dans un miroir !... Ayant réussis ce tour de passe-passe tout d'abord en souris, je n'eus guère de problème pour trouver un reflet de moi dans l'esprit de l'âne, du mouton, du chien, du chat et de l'écureuil... Par contre, le hibou, lui par son caractère si taciturne et étrange, semblait m'avoir oublié complètement en tant lutin !.. Je ne pouvais m'en sortir qu'en brouillant la pensée de l'oiseau, mais alors inévitablement je me retrouvais nu...

- C'est parce que tu te laisses trop enfermer dans sa pensée !.. Le hibou tu le sais, puisque tu en es capable aussi, peut hypnotiser celui qu'il regarde... Quelque part ne te laisses-tu pas hypnotiser ?...
- Tu as sans doute raison... Peut-être n'est-ce pas important ?..
- Non au contraire, c'est très important, et je ne laisserai rien au hasard. Tu ne partiras que parfaitement prêt.

Parvenir à une parfaite maîtrise de l'art de la métamorphose me demanda donc encore une longue semaine de travail...


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