Le port de Cork.

Mölinn, la belle fée de Dingle, m'avait donc abandonné sur un quai du grand port de Cork. Une activité fébrile saisissait le port chaque matin, et, au rythme imposé par les marées, des bateaux arrivaient et repartaient après avoir vidé ou rempli leurs soutes... C'était sans nul doute le paradis pour les petits rongeurs vivant de rapine, et pour les chats surveillant les greniers des hommes.
Par contre, les humains y menaient une vie laborieuse et harassante : charges trop lourdes, sueur, poussière, lassitude étaient leur quotidien. Leurs logements étaient aussi misérables que fastueuses étaient les demeures des armateurs et des marchands sur les hauteurs environnantes...

J'avais pour mission d'espionner une grande bâtisse, vaste entrepôt surmonté des logements d'une foule de dockers et leurs familles.
M'y introduire, maintenant que je maîtrisai parfaitement mon corps de souris fut particulièrement aisé...
Entré par l'entresol, j'y découvris une population industrieuse et bien organisée de rats. Quelques souris semblables à moi se disputaient les miettes que leurs grands cousins voulaient bien leur abandonner...
Mon arrivée parmi eux passa inaperçue, nul ne prêtant attention à moi ce qui me rassura sur la qualité de mon déguisement.

La principale préoccupation restait de guetter et prévenir les attaques des chats... Et presque à chaque minute, tous devaient trouver un refuge quand un matou surgissait toutes griffes dehors venant demander son tribut à la communauté des rongeurs...
J'étais terrorisé à la perspective d'être dévoré tout cru ! Aussi trouvai-je une cachette sûre et décidai de commencer ma mission à la prochaine aurore : quand les hommes seraient affairés, que les femmes partiraient au marché ou au lavoir, et que les chats se reposeraient de leur courses nocturnes... (Du moins je l'espérais !)

Le sommeil est quelque chose de très fugace et sporadique chez les souris : ainsi ne dus-je dormir guère plus de quelques minutes consécutives, et je ne fis ni des rêves de souris, ni des rêves de lutin ! J'étais ainsi privé de la compagnie de ma lutine, mais en fait je redoutai surtout qu'elle me vît en cet état...

Au matin mes consœurs disparurent, les chats rentrèrent dans les cages d'escalier, recherchant des places propices à un repos bien mérité comme devaient le penser leurs maîtres humains...
Moi, ayant partagé les frayeurs de leurs proies, je n'avais plus tout à fait le même regard sur ces félins.
C'est donc avec une extrême prudence que je commençai mon exploration du grand bâtiment... Il faisait quatre étages plus des combles de logements, sans compter l'entresol qui était un entrepôt de négoce. C'est dans cette partie de l'immeuble que régnait la plus grande activité : balles de laines en partance pour les filatures d'Angleterre, barils d'huile destinés à l'éclairage public de Cork, énormes rouleaux de cotonnades et bien d'autres fournitures transitaient en ce lieu... Après avoir bien observé les travailleurs, les comptables et négociants s'affairant là, j'acquis la conviction que le mauvais esprit qui avait perturbé Mölinn ne travaillait pas dans l'entrepôt : ici, chacun semblait avoir sa place, et le respect de ses compagnons, me fiant au don que la Fée m'avait révélé, et espérant que ma métamorphose en souris ne l'ait pas altéré, je décidai de visiter les étages...
Il fallait que je trouve rapidement l'enfant qu'il importait de sauver !...

Comme je me faisais cette réflexion, l'importance et l'urgence de ma mission me réveillèrent d'une sorte de désinvolture qui m'avait amené à rêvasser...
Etait-ce le côté souris de mon être, enclin à divaguer de-ci de-là, curieux mais étourdi, qui brouillait mes idées ?.. J'étais assez troublé par cette pensée, qu'étais-je devenu ?.. Ne risquai-je pas de me transformer complètement en souris ?.. (Quelle influence sur mon esprit pourrait avoir ma perception des choses au travers du prisme de ce corps inconnu ?)
Justement, comme je venais de suivre un long passage à l'intérieur d'une cloison, me guidant à l'oreille vers de faibles vagissements d'enfant, je tombai nez à nez avec une autre souris... C'était une femelle, et tant sa physionomie, le contact de ses moustaches que les odeurs qu'elle émettait semblaient faire un grand effet sur mon nouveau corps !.. Quelles étranges sensations !.. Ca vraiment Mölinn ne m'y avait pas préparé, me retrouver prisonnier du corps d'un souriceau amoureux !!

Je décidai de concentrer ma pensée, comme je l'avais déjà fait face aux rats à Glengariff...

- Petite sœur souris, je t'en prie guide-moi jusqu'à l'enfant qui souffre en cette maison... Je suis un messager d'une Fée... Je ne peux diverger de ma mission, qui est de découvrir qui martyrise le bébé humain...

La petite souris parut très effrayée de mes pouvoirs de communication... Incapable de canaliser ses émotions elle prit le parti de s'enfuir ! Puis, soudainement, elle revint vers moi :

- Suis-moi ! couina-t-elle en langage de souris.

Ce furent ses seules paroles, et elle détala si vite que j'eus du mal à la suivre ! (Je n'eus même pas le temps de m'étonner de l'avoir comprise.)
Elle m'entraîna dans le dédale des cloisons de bois et de plâtre de la vielle maison, grimpant d'un étage pour brusquement plonger dans une nouvelle direction après avoir couru sous des poutres, redescendant à toute vitesse pour remonter aussitôt dans un autre logement, sans jamais hésiter !... Visiblement, la petite souris devant moi connaissait l'enfant et le mystère qui l'entourait ! Cela me parût étrange dès lors, que Mölinn n'ait pas simplement interrogé les habitants non humains avant de me lancer dans cette aventure...

Enfin nous débouchâmes dans la petite pièce où était l'enfant et mon guide disparu sans se retourner... J'avais essayé de mémoriser toutes les cloisons, tous les plafonds que nous avions empruntés, mais en vain : je ne savais même plus à quel étage j'étais !
Remis de ma course, je fus surpris des capacités de mon nouveau corps car je n'étais presque pas essoufflé !
Je fis rapidement l'inventaire de la petite cuisine où j'étais entré par un trou situé juste au niveau d'une étagère, caché par le conduit du foyer. Un coup d'œil vers la fenêtre m'appris que je devais être au dernier étage, l'enfant dormait dans un cosy d'osier très vieux mais très propre, enveloppé malgré la chaleur de l'été dans une couverture elle aussi rapiécée mais proprette.
Les théières et les tasses alignées sur l'étagère me permirent d'aller jusqu'au-dessus du bébé qui dormait paisiblement... Décidément je me demandai vraiment pourquoi Mölinn m'avait envoyé ici : rien ne me permettait de soupçonner un quelconque danger où même une souffrance autour de la fillette... Je ruminai intérieurement contre ma maîtresse que je trouvais bien légère de m'avoir fait courir de tels risques ! Mais n'est-tu pas le plus rusé des lutins ?.. M'avait-elle dit avec son rire horripilant...

J'allai retourner dans ma cachette quand soudain l'enfant se réveilla... La stupeur faillit me faire renverser une rangée de tasses !
A peine avait-elle ouvert les yeux qu'elle tourna vers moi un regard insondable ! D'étranges lueurs obscurcissaient ce regard froid et métallique, et comble de l'horreur je me sentis aspiré par lui.
J'étais près de tomber de mon perchoir directement dans son lit, quand, par bonheur, une jeune femme entra dans la cuisine. Un chat quitta la pièce comme elle entrait.

- Molly ! Elle se réveille !

Entendant la voix, le bébé repris une apparence normale, ses yeux redevirent ceux d'un nourrisson : incapables encore de fixer très longtemps un même objet, ni de porter le regard sur une petite souris à quelques mètres de lui, contrairement au prodige qu'il venait d'accomplir à l'instant !
Libéré moi aussi par l'arrivée opportune de la jeune fille, suivi bientôt de Molly, la mère de la fillette, je me réfugiai dans mon trou de souris et écoutai, tremblant, les deux humaines...

- Cette fois, elle ne semble pas avoir fait de cauchemar en dormant, constata Molly.
- Non, mais elle est toujours glacée malgré la couverture !.. Maman j'ai peur : on dirait qu'elle est morte dès qu'elle s'assoupit, et j'ai l'impression que son mal empire chaque fois qu'elle s'endort...
- Ne dis pas de sottise Anna, le docteur nous l'a bien dit, elle va très bien, il suffit de la garder au chaud !
- Mais Maman je t'assure...
- suffit ! je ne veux pas encore entendre parler de tes histoires stupides d'envoûtements !

Molly sortit de la pièce avec l'enfant qui était resté incroyablement calme pendant toute la conversation...

Anna la sœur aînée avait donc des soupçons ?.. Mais contre qui ?.. Comment entrer en contact avec elle maintenant que j'étais une souris !
Aucun autre incident ne vint émailler la fin de cette journée asphyxiante sur les docks de Cork. Les ouvriers rentrèrent tard ce soir là car un gros caboteur avait voulu profiter de la marée du soir pour redescendre jusqu'en pleine mer...
A minuit, Mölinn fut exacte au rendez-vous... J'aurais cependant préféré qu'elle soit en retard, car pour se glisser sans encombre sur le quai elle avait choisi de se changer... en chat !!!
Elle me fit la plus grande frayeur de ma vie de souris en surgissant juste devant moi dans la nuit noire !

- Hi Hi Hi !.. Alors mon petit lutin ? Quelles sont les nouvelles ? dit-elle en reprenant son apparence féerique.
- Es-tu folle de me faire peur ainsi ?! Combien d'années ai-je perdu en cette fraction de seconde ?!
- Allons, tu aimes bien les farces d'ordinaire ! Ne m'as-tu pas reconnue ? Pourtant les chattes au pelage rose bonbon ne sont pas très fréquentes !
- La nuit tout les chats sont gris...
commençai-je à maugréer.
- Assez discuté ! coupa-t-elle. As-tu vu l'enfant ?
- Oui maîtresse. Je lui fis mon rapport, insistant particulièrement sur le fait que la fillette m'avait tout de suite repéré.
- Ça c'est fâcheux... Cela veut dire que l'emprise du méchant sur elle est déjà importante : il voit par ses yeux!
- Ne devrai-je plus l'approcher alors ?..
- En effet cela éveillerait son attention et il accélèrerait sa prise de pouvoir sur le bébé...

Elle resta silencieuse un long moment, réfléchissant au moyen par lequel cette enfant pouvait de la sorte être progressivement possédée par un esprit malin...

- Mais comment pourrai-je en savoir plus ?..
- Il doit y avoir un animal qui rôde !
S'écria-t-elle brusquement. A toi de le découvrir il nous mènera au sorcier!

J'étais interdit, et ne savais que penser...

- Allez file à demain! dit-elle avant de disparaître sous sa forme de grosse chatte rose bonbon...
- Quel curieux déguisement tout de même !

Le matin suivant, Les femmes s'étaient réunies sur la terrasse formée par le toit de l'entrepôt derrière l'immeuble pour parler en étendant le linge.
Une vieille, qu'en d'autres occasions j'aurais volontiers prise pour une sorcière si ses grands yeux noirs n'avaient reflété tant de bonté et de sagesse, essaya d'entretenir Molly des souffrances de sa fille ce qui provoqua la colère de celle-ci, mais éveilla l'intérêt d'Anna... Je les observai du rebord de la fenêtre de la cuisine de Molly, trop loin pour pouvoir deviner sur leurs lèvres les paroles qu'elles chuchotaient se défiant de Molly. Je me désespérai quand je me souvins que j'étais une souris dotée d'une ouie très fine, et quand je réussis à tourner mes deux oreilles convenablement je fus surpris de la clarté avec laquelle je pus les entendre !

- Anna tu dois veiller sur ta sœur : j'ai fais venir pour elle une fée, j'ignore si elle est déjà passée, ou même si elle pourra nous aider, mais le temps presse : 'Il' sera bientôt maître d'elle et alors 'Il' en fera sa créature !..
- Ne pourrions-nous demander au curé de l'exorciser ?
demanda Anna anxieuse.
- Ta mère ne voudra rien entendre ! Et ton père est un mécréant... De toutes façons toutes les grimaces et sornettes du curé ne pourraient rien contre Lui !. Dit catégoriquement la vielle femme.
- Mon dieu mais que puis-je faire ?! Ne pouvez-vous au moins me dire son nom ? Je voudrais...

Je tendis encore les oreilles, haletant, ne prêtant plus attention à rien d'autre... Mais c'est au moment précis où la vieille semblait disposée à parler, qu'un gros chat noir, sorti je ne sais d'où, me sauta dessus ! D'un violent coup de patte il envoya mon pauvre petit corps de souris rouler de l'appui de fenêtre jusqu'au centre de la cuisine...
Étourdis mais conscient, je savais qu'il se jouerait de moi en m'empêchant de me cacher sous un meuble... Je résolus de ne pas bouger... il s'approcha, fit mine de m'ignorer, revint, puis d'un nouveau coup de patte me projeta jusqu'au mur... La desserte toute proche m'offrait un refuge ! La tentation était trop grande je tentai de bondir, mais il n'eut aucun mal à me renvoyer au centre de la pièce d'une nouvelle gifle !
Cette fois s'en est fini de moi pensai-je... Le matou m'observait... (Leur patience est redoutable.)
Méfies-toi des chats! L'avertissement de Sam, le chien de Bantry Bay me revint à l'esprit. Avait-il eu des dons de voyance ? Une prémonition ?
Il doit y avoir un animal qui rôde ! cette fois c'était la voix de Mölinn qui résonnait en moi... (Et si c'était ce chat ?!)

Alors je pris ma respiration, et m'assis posément au milieu de la cuisine, ramenant calmement ma queue autour de moi, là où cet affreux chat m'avait envoyé, face à lui, je concentrai mes pensées, il ne fallait absolument pas qu'il devine le lutin en moi... Il fallait que je lui paraisse inquiétant et mystérieux... Je devais donc inhiber tous ces tics propres à la souris, fixer mon regard sur lui, cesser d'agiter fébrilement mes moustaches et mes oreilles en tous sens...

- Hé bien gros matou ? Est-ce ainsi que l'on accueille les messagers ? Pensai-je en dirigeant tout mon être dans la direction du chat...

Je vis à ses oreilles se plaquant sur la nuque, à ce tassement caractéristique du chat apeuré que j'avais pris l'ascendant sur lui...
La surprise passée, il resta un instant sur la défensive...

- Aurais-tu un message pour mon maître ? Quelle sorte de magicien es-tu pour que je te comprenne ? Fut sa réponse pensée.
- Je suis un serviteur de Mag la sorcière. dis-je avec aplomb.

A la perception du nom de la terrible sorcière, dont les rats avaient sans doute mené la vie dure aux chats en d'autres temps, le fauve que j'avais devant moi sembla perdre toute contenance...

- Quel... quel est son message ? bredouilla-t-il en pensées confuses, traversées de cohortes de rats noirs...
- Lui seul peut m'entendre, cela concerne l'enfant ! Mène-moi à ton maître !

Je prenais plus d'assurance encore devant l'effroi du chat, et ne réfléchissais même plus à ce que je disais...

- Nous... nous ne pouvons y aller de jour comme cela. Rejoins-moi dans la cour ce soir quand les humains se couchent... et le chat se dirigea penaud vers la porte, me jetant des regards craintifs...

Je n'en revenais pas !... J'avais mystifié ce chat avec une telle facilité ! Décidément plus le subterfuge est gros... Cependant il me fallut vite me cacher, Anna revenait dans la cuisine pour coucher sa petite sœur qui semblait particulièrement agitée... J'avais repris mon poste d'observation au milieu des tasses, et je vis distinctement que le petit être était paniqué par la venue de l'endormissement... Sans doute était-ce pendant son sommeil que la possession se précisait ?.. Toujours est-il qu'elle luttait de toutes ses petites forces contre le sommeil implacable qui allait la livrer un peu plus...
Comme j'aurais voulu à ce moment sortir de ma cachette et tout expliquer à Anna !.. Mais qu'aurait-elle pu ?! La fuite était-elle possible ?..

A ce moment le chat revint... Il ne ressemblait plus au chasseur que j'avais affronté tout à l'heure, ses yeux jaune lançaient des éclairs, et il me repéra immédiatement !
Je compris au même instant qu'il ne ferait rien contre moi, et j'eus la sensation troublante que ce n'était plus le chat qui me regardait intensément mais bien son maître ! Il avait le même regard que l'enfant à son réveil !...
Il doit y avoir un animal qui rôde ! avait dit Mölinn ! Je croyais comprendre ! C'est sans doute par l'intermédiaire du chat qu'il s'approchait à sa guise de sa victime !...
Trouver un stratagème pour obliger le chat à quitter la pièce avant Anna ! Trouver un stratagème !

Sans réfléchir plus avant, oubliant les consignes de Mölinn, je renversai brusquement les tasses les plus proches de moi, et profitai de la confusion pour faire mine de m'enfuir par la porte ...

- Attrape-la ! cria Anna, Ne reste planté là comme une théière ! ajouta-t-elle en tapant du pied près du matou.

Le chat fut obligé de s'élancer à ma poursuite, et nous nous éloignâmes alors qu'Anna refermait la porte de la cuisine...

Quelques heures de gagnées pensai-je en me réfugiant dans une cloison... Le chat, furieux me cracha quelques insultes en me rappelant notre rendez-vous nocturne...

Il me fallait maintenant remettre mes idées en ordre...
Ainsi c'est grâce au chat que la fillette était progressivement possédée, et, à en juger par sa colère, ce médium était indispensable à l'envoûtement... Mais qui était son mystérieux maître ?.
Mölinn avait parlé d'un sorcier... Quels étaient ses pouvoirs ?... Croirait-il toujours après ma maladresse que j'étais un émissaire de Mag ?
Quand j'avais trompé le chat, son maître ne le hantait pas, sinon sans doute m'aurait-il démasqué aussitôt !.. Et si j'allais au rendez-vous, sans doute le chat serait possédé ou aurait fait son rapport... Et l'esprit malin tourmentant la petite sœur d'Anna ne ferait de moi qu'une bouchée... Mais si je n'y vais pas, jamais Mölinn ne saura qui elle doit affronter... Et l'enfant ?... Revoir en pensée ce bébé ayant à peine la force de lutter me bouleversait... Fallait-il qu'il ait quelque chose de plus pour attirer la compassion d'une fée et la haine d'un humain mauvais !

Comme je ruminai ma rancœur de ne pouvoir rien faire, le chat repassa dans le couloir, il ne me vit pas cette fois, il allait de nouveau à la porte de la cuisine... Il tenta quelques minauderies pour se faire ouvrir la porte, mais Anna encore en colère après lui le chassa vertement... Il va rendre compte de son échec pensai-je aussitôt... Et je résolus de ne plus le quitter jusqu'au soir ! Je ne risquai plus grand chose après tout !

Le chat, descendit dans l'entrepôt, mais ne put y rester tant l'activité des hommes y était intense...

- Hé Tom ! Regarde le vieux Flush est encore venu voir ta fille ! cria un homme avec une voix forte dominant le brouhaha...

Tom, un docker blond aux épaules larges se retourna vers le chat qui lui jeta un regard mauvais...

- Je ne comprends pas ce qu'a ce chat... Comme s'il voulait nous aider... Chaque fois qu'il monte voir Janet elle se calme et s'endort !
- Janet est toujours malade ? Ça ne va pas mieux ?

- Toujours pareil, répondit Tom maussade... C'est quand même étrange ce chat ! Il a débarqué le lendemain de la naissance, et nul ne l'avait vu traîner ici avant...

Mais comment connaissent-ils tous son nom alors ? me dis-je...
Et Tom, le père de Janet, pense que le chat les aide !... Flush paresseusement s'était allongé au soleil devant un porche... Peut-être pourrai-je tenter ?
J'observai encore le chat, était-il toujours possédé ? Non, il semblait libéré de toute emprise depuis les dernières paroles de Tom, comme si son maître avait voulu détourner l'attention que portaient les hommes sur l'étrange comportement du chat...
Et si j'essayais de communiquer en pensées avec Tom ? Non les homme ne sont pas assez sensibles... Si je lui écrivais un billet !... Avec mes pattes griffues ?... C'était désespérant !

Enfin le chat, toujours nonchalant, se leva... Le suivre sur les quais allait être autrement dangereux !... Je trouvai la solution en grimpant jusqu'aux corniches soulignant le premier étage des bâtiments... Nous nous éloignâmes de l'entrepôt, le chat tourna le coin, faisant de nombreuses haltes, il fut même caressé par deux enfants au passage... Qui aurait cru à cet instant que ce chat était le serviteur zélé d'un sorcier ?! Mais peut-être après tout était-il lui aussi victime de l'enchanteur ?... Je ne savais plus que penser...
...Après s'être enfoncé dans un réseau de petites rues, il entra dans une cour sombre par un portail entrebâillé... De petits ateliers vitrés ceinturaient la cour pavée... il se dirigea vers le plus sombre, et le plus étrange à mes yeux... Pas d'enseigne, pas d'outils ou de matériaux entreposés devant, contrairement au réparateur de barrique voisin ou au luthier tout proche... Seul un appareil ressemblant à un alambic en plus compliqué encombrait l'atelier côté cour.
Pouvais-je sans risque m'approcher plus près ? J'étais tapi sur la corniche, au-dessus de la verrière de l'atelier, malgré la crasse sur les vitres, je vis le chat d'un bond sauter sur les genoux de son maître...
Enfin ! Je mis de nouveau mes extraordinaires oreilles à contribution...

- Ah c'est toi Flush !? il parlait d'une voix rude, mais sans colère...
- Pourquoi t'es-tu stupidement jeté derrière cette souris !? Tu sais bien que tu dois veiller sur le sommeil de Janet !...
- Que dis-tu ?... un messager de Mag ? Tu n'es qu'un idiot ! Cela ne se peut !

L'homme réfléchit un moment en silence, à moins que son chat ne fût en train de lui raconter sa mésaventure...

- Tu prétends que cette souris t'a parlé dans le langage des hommes ?.. Par la pensée ?.. Ce n'est donc pas une souris...
Et soudainement il repoussa son chat avec un juron !
- Si Mölinn m'espionne, son petit émissaire devra mourir ce soir ! Tues le dès ce soir !

Je frissonnai en entendant prononcer mon arrêt de mort... Puis me demandai si l'Ankou se préoccupait des souris devant faire le repas des chats... Décidément mon esprit était bien troublé, à tel point que me penchant un peu plus pour voir son visage, je perdis l'équilibre et tombait lourdement sur la verrière !

- Imbécile tu t'es laissé suivre ! rugit l'homme levant la tête...

Si je n'étais déjà tombé, à coup sûr l'effroi provoqué par la vision de son âme hideuse défigurant son visage m'aurait précipité en bas !

Il était sec et noueux comme une vielle souche d'if... Ses yeux plus gris et glacés que ceux d'un spectre, et je vis, comble de l'horreur, des hordes de mouches noires sortir de sa bouche alors qu'il criait....
Le chat, vif comme jamais, avait déjà bondi sur la verrière voisine en s'aidant des tonneaux...
Il ne lui restait qu'un bond pour m'attraper...
Mais, comme il s'apprêtait à s'élancer, je fus saisi sans ménagement du bec par un goéland !...

En quelques coups d'aile vigoureux il s'éleva haut au dessus des toits...

- Merci Mölinn tu es arrivée juste à temps. pensai-je à l'adresse de mon sauveur...
Mais Mölinn resta silencieuse...
- Mölinn ? est-ce bien toi ?...


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